Cinéma de l’ombre: King Rat
Cet article est paru dans Le MotDit, Vol. 27, No. 4, le 17 octobre 2001
Vous connaissez maintenant tous le principe de cette chronique : je sélectionne un film au hasard parmi la collection du Cégep, puis j’en fais la critique, que le film soit bon ou mauvais. Cette fois-ci, je suis tombé sur un film en noir et blanc datant de 1965 intitulé King Rat. Bon, déjà là je viens de perdre la quasi-totalité de mes lecteurs, car bon nombre d’entre eux considèrent qu’un vieux film est un mauvais film. Pour tous ceux d’entres vous qui pensez ainsi, je profite de cette occasion pour vous faire une suggestion qui m’apparaît pertinente, mais qui ne l’est sûrement pas. Voilà : lorsque vous regarderez un vieux film, essayez de le considérer comme s’il était autre chose que ce qu’il est véritablement. Je m’explique : un vieux film d’horreur comporte un grand nombre d’effets spéciaux médiocres. Pour apprécier le film, ne le regardez donc pas dans l’espoir d’avoir peur, considérez-le plutôt comme une comédie ou une parodie. Vous vous esclafferez à la vue de chaque effet spécial primitif, et par conséquent allez apprécier le film. Enfin, ceci est une hypothèse douteuse, et je réalise maintenant qu’elle n’a aucune raison d’être dans cette critique, puisque vous n’aurez aucunement besoin d’utiliser cette machiavélique ruse cinéspectatrice (ce n’est pas un mot) pour apprécier King Rat.
Je constate maintenant que je m’éternise sur ces inutiles propos sans véritable intérêt, alors enchaînons sans plus tarder sur la critique elle-même. Je préfère toutefois vous prévenir : celle-ci sera construite de façon tout à fait conventionnelle, c’est-à-dire que je débuterai cruellement par parler du réalisateur, des acteurs, et de tous ces détails qui vous importent peu, puis je vais brièvement résumer l’histoire. Enfin, je vais exposer mon opinion tant attendue.
Le film King Rat est inspiré d’un livre du même titre écrit par James Clavell, ancien prisonnier des Japonais lors de la Seconde Guerre mondiale et prestigieux auteur depuis lors. En 1965, le réalisateur Bryan Forbes décida de porter à l’écran le récit de Clavell, et d’y interpréter lui-même un des principaux personnage, soit Marlowe. Le héros du film, le King lui-même, est quant à lui interprété par George Segal, un classique acteur américain à ses début, que nous pouvons d’ailleurs encore apercevoir de nos jours. Il apparut entre autre dans Cable Guy.
L’histoire de King Rat se déroule vers la fin de la guerre en question et se situe dans le camp Changi, près de Singapour, où Américains, Britanniques, Australiens et autres alliés sont gardés prisonniers des Japonais. Parmi les quelque 10 000 détenus sales et affamés de la prison, se démarque le caporal King qui lui, est en pleine forme, bien habillé et très convenablement nourri. Afin de s’attirer cette richesse, King s’acharnera à tirer profit des moindres situations. Exerçant un pouvoir incontesté sur ses compagnons de dortoir auxquels il verse un salaire hebdomadaire, en plus de quelques cigarettes offertes au bon moment, il réussira à se faire servir en véritable roi et ce même par les plus haut gradés de la hiérarchie militaire.
Ses activités sont nombreuses, et consistent essentiellement à se faire de l’argent afin de pouvoir se procurer la nourriture et les cigarettes qui lui permettront d’exercer un contrôle presque absolu sur les autres détenus. Sa principale source de revenu consiste à vendre, aidé de son ami interprète Marlowe, des bijoux et des montres volés à des gardes japonais. Le titre du film est dû aux rats que King et ses comparses élèveront secrètement dans un trou sous leur plancher. Ils vendront par la suite la viande de ces rongeurs aux officiers en leur faisant croire qu’il s’agit de viande de cerf.
Alors que grandit le pouvoir de King, la guerre se termine subitement, et les personnages sont ramenés à la réalité. Pour la majorité, ce retour au passé sera accueilli à bras ouvert, mais pour d’autres, dont King et Marlowe, la transition entraînera de dures conséquences. Par exemple, le plus fidèle acolyte du caporal King, militairement supérieur, commencera à le mépriser. Un bon coup de pied sur celui-ci réglera momentanément le problème, mais le pauvre King se verra néanmoins forcé à vivre la fin de son règne.
L’histoire est racontée de façon très efficace, et parfois même palpitante. On ne peut que s’attacher au personnage de King, pourtant si éthiquement mauvais. Avec recul, il serait très tentant d’affirmer que les actions de King ne soient pas simplement dues à sa propre façon de réagir au milieu de vie pénible qui s’impose à lui, mais qu’elles soient plutôt le reflet d’une manière si américaine de profiter de chaque occasion. Mais bon, puisque c’est si méchant, contentons nous de faire un parallèle avec le titre et de comparer King à un rat continuellement affamé.
Au point de vue technique, la réalisation, la mise en scène et la performance des acteurs sont impeccables. L’image du film n’est jamais trop sombre, et on en vient même à oublier le manque de couleur, ce qui n’est pas donné à tous les films en noir et blanc. Le seul défaut que j’ai pu remarquer est dû à un effet spécial de qualité douteuse. En effet, un des personnages sensé être amputé du bras gauche laisse clairement deviner ce bras à travers sa chemise. Mais bon, on ne le voit que quelques minutes, et ça n’enlève rien à la qualité du film.
Bref, si vous aimez les drames intenses et les films d’action, et si vous n’êtes pas de ceux qui étiquettent spontanément chaque vieux film comme étant nécessairement mauvais, vous apprécierai probablement King Rat. Il est disponible à la vidéothèque, alors courez-y.