Malcolm Gladwell sur le conflit d’intérêt et l’objectivité des journalistes
Le passage à Montréal du journaliste et auteur vedette canado-new-yorkais Malcolm Gladwell n’a pas passé inaperçu. Invité il y a deux semaines par Infopresse, Gladwell est venu parler d’innovation devant une foule de gens d’affaires Montréalais conquis d’avance. Gladwell, considéré comme une des personnalités les plus influentes de l’heure, fait ces jours-ci la promotion de son plus récent livre, Outliers, qui est en tête de la liste des bestsellers du New York Times.
Tant les blogueurs d’affaires (Claude Malaison, Mario Asselin) que les médias populaires (Cyberpresse, Radio-Canada) ont souligné le passage de l’auteur à Montréal. Je n’ai pour ma part pas assisté à la conférence, et j’admets ne pas avoir lu ses livres, mais j’apprécie depuis plus d’un an ses articles publiés dans le New Yorker, magazine auquel il collabore depuis 1996.
La récente couverture médiatique de Malcolm Galdwell m’a rappelée le fascinant texte que l’on peut trouver sur son site, derrière la sobre appellation de «disclosure statement». Plutôt qu’une simple note indiquant tous les biais éventuels qu’il pourrait avoir — ce que les journalistes américains font souvent par souci de transparence —, Gladwell se livre à une réflexion poussée de plus de 6000 mots où il livre son point de vue sur sa position de journaliste souvent payé par des entreprises à titre de conférencier, pratique que de nombreuses publications interdisent à leurs journalistes.
Voici un extrait:
I think we can all agree that biases are a problem, particularly for a journalist. Writers with biases are predictable in the worst way and, more than that, they are dishonest. They pretend to have given thought to a subject, when all they’ve done is apply a fairly rigid set of preconceptions. For a writer to have an opinion, on the other hand, is a wonderful thing. The ability to form opinions is a sign of engagement with the world. And, like Michael Kinsley, I believe that the process of journalism is immeasurably improved when writers are open about their opinions.
Plusieurs critiques reprochent à Gladwell une certaine paresse intellectuelle (il utiliserait dans ses écrits les exemples qui lui servent le mieux afin de construire des théories générales). Bien que ses théories, telles que «il faut 10 000 heures de pratique avant d’être bon à quelque chose» ne survivraient sûrement pas à la rigueur scientifique, on doit reconnaître à Gladwell le talent de remettre en question les idées reçues, et de le faire de manière tout à fait passionnante. Comme le dit son collègue du New Yorker Hendrick Hertzberg, «He notices head-spinning connections invisible to us non-Malcolms, leads us deep into the surprising minutiae of other people’s jobs, and gives us new ways of thinking about familiar phenomena. So what if whatever startling thesis he happens to be advancing doesn’t always apply to every situation? Isn’t it enough that he provokes thought and gives pleasure?»
Son «disclosure statement», que certains verront peut-être comme une longue auto-justification, offrira néanmoins à tous ceux qui vouent un culte à l’objectivité journalistique de bonnes raisons de changer d’idée.