Le recteur en tournée: Luc Vinet rencontre l’EBSI
Publié dans La Référence, le journal des étudiant·es de l’École de bibliothéconomie et des sciences de l’information, en avril 2008.
Luc Vinet, recteur de l’Université de Montréal, a rencontré les membres de l’Assemblée départementale de l’EBSI le 6 février dernier. À la suite d’un discours exposant la vision de l’Université en matière d’enseignement, de recherche et de financement, M. Vinet a répondu aux questions des membres de l’Assemblée, qui ont profité de l’occasion pour transmettre les préoccupations du département à la direction de l’Université.
M. Vinet rencontrait l’EBSI dans le cadre d’une tournée à travers l’université, au cours de laquelle il a pris contact avec de nombreuses unités administratives pour leur transmettre sa vision et recueillir les commentaires de la communauté universitaire.
Mettre les étudiants à contribution de manière sophistiquée
Les trois principes de l’Université, destinés à servir de guides pour les décisions et orientations à venir, ont été énoncés par M. Vinet comme suit : « mettre l’étudiant au cœur de l’université ; être obsédé par l’excellence en enseignement et en recherche ; être moderne ». D’ici cinq ans, la Direction souhaite entre autres avoir assaini les finances de l’Université, dont le déficit se chiffre actuellement à 120 millions de dollars. « On est ambitieux », a plusieurs fois exprimé M. Vinet durant son discours.
Pour parvenir à réduire le déficit de l’Université, la Direction a plusieurs idées : faire pression pour obtenir davantage de financement public, étudier de nouvelles avenues telles que l’implantation de baccalauréats intensifs s’échelonnant sur deux ans plutôt que trois, développer les sources philanthropiques et, finalement, « trouver des façons plus sophistiquées de mettre à contribution les étudiants ».
David Nadeau, représentant des étudiants de première année de maîtrise à l’Assemblée départementale, a plus tard demandé à savoir si les hausses de frais de 230 $ à 570 $, votées en janvier par l’Université, faisaient partie des « façons sophistiquées » de mettre à contribution les étudiants au financement universitaire. M. Vinet, souriant, a répondu qu’il faisait plutôt référence à des solutions telles que le remboursement des frais de scolarité proportionnellement au revenu après les études (RPR), scénario qui avait été mis de l’avant par la Fédération des étudiants universitaires du Québec (FEUQ) comme alternative au dégel des frais de scolarité annoncé par le gouvernement Charest en avril 2007.
Avec l’augmentation des frais afférents demandés aux étudiants, la direction de l’Université « ne gagne pas un concours de popularité, c’est sûr. L’excellence qu’on demande passe par l’exigence qu’on se donne. », a dit M. Vinet en réponse à une intervention de Myrian Grondin, présidente de l’Association des étudiantes et étudiants de l’EBSI, qui lui demandait de commenter la récente prise de position de l’AEEEBSI contre l’augmentation des frais afférents.
En plus de traiter du financement de l’Université, M. Vinet a dressé une vision ambitieuse pour l’enseignement et la recherche, pour lesquels il ne vise rien de moins que l’excellence. Il est toutefois demeuré discret quant aux projets concrets envisagés par la Direction pour améliorer ces deux activités centrales de l’Université.
Les articles de M. Vinet n’avaient pas été préparés spécifiquement pour cette rencontre avec l’EBSI. Il n’a donc formulé aucune annonce concernant l’École, et même au courant du récent renouvellement de son agrément de l’ALA, il se référait toujours à l’EBSI en utilisant la dénomination « votre unité », poussant certains à se demander s’il savait dans quelle unité il se trouvait.
Les difficultés de la recherche à l’EBSI
Comme introduction à la période d’échanges entre les membres de l’Assemblée départementale et le recteur Jean-Michel Salaün, directeur de l’EBSI, a d’abord dressé le portrait « classique » de ses bons coups et des soucis du département, pour ensuite orienter le dialogue vers les principaux défis de l’École.
M. Vinet a écouté attentivement M. Salaün expliquer que l’École éprouve de la difficulté de recrutement pour le doctorat. La situation décrite est claire : l’EBSI étant la seule école de sciences de l’information francophone du Québec, pratiquement personne n’a avantage à suivre cette formation de 3e cycle. D’abord, les francophones du Québec qui aspirent à enseigner dans leur langue et dans leur pays ont avantage à acquérir un doctorat ailleurs que dans l’université où ils souhaitent être embauchés ; ensuite, les anglophones du Québec sont bien plus séduits par les autres universités canadiennes et américaines, dont de nombreuses offrent des doctorats dans leur langue, et enfin, le public francophone international, dernier bassin de candidats potentiels, est rapidement rebuté par les difficultés de financement des études ainsi que de la recherche éprouvées par les étudiants étrangers au Québec.
Un autre souci de la part du corps professoral de l’EBSI est l’apparente contradiction dans l’attribution des subventions de recherche par les principaux fonds publics de recherche au Québec. Ces fonds visent à favoriser les projets menés par des équipes interdisciplinaires, ce qui est mesuré par la présence de chercheurs appartenant à divers départements et universités. La situation particulière de l’EBSI, où le corps professoral provient de disciplines variées, n’est pas prise en compte par ces politiques de subventions. Cela a comme conséquence d’isoler les professeurs dans leurs recherches respectives plutôt que de tirer profit de l’énorme potentiel de collaboration à l’intérieur du département.
S’exprimant sur la question, M. Vinet s’est dit étonné qu’on « ait des incitatifs pour réduire la collaboration à l’interne », mais n’a rien pu proposer lorsque M. Salaün lui a demandé si l’Université pouvait agir pour réduire ces incitatifs et stimuler la collaboration à l’intérieur du département.
Pour le directeur de l’EBSI, le pôle de recherche en sciences de l’information à Montréal pourrait aussi être davantage exploité en établissant, par exemple, un institut de recherche qui regrouperait les chercheurs des deux écoles de sciences de l’information de la ville, soit l’EBSI et le Graduate school of library and information studies de l’Université McGill.
Après cette rencontre, alors que les membres de l’Assemblée départementale s’installaient pour entamer leur réunion, M. Vinet s’est dirigé vers le CEPSUM. En effet, afin de promouvoir le programme « Ma santé au sommet », la direction de l’Université était invitée à patiner. « La rencontre de ce matin lui aura servi de réchauffement », a blagué un professeur.