Participation au balado Prod

Pour le troisième épisode de son podcast Prod, Alexandre Cayla reçoit Vincent Chapdelaine, directeur général et cofondateur d'Espaces temps.

Selon les dires de Prod, Vincent «nous parle de ses multiples projets, des difficultés de lancer une compagnie “tech” en tant qu’entrepreneur social et de comment faire embarquer des grosses bureaucraties publiques dans des projets un peu fou.»

Vincent Chapdelaine: on avait juste une idée puis on est allé voir cinq grandes bibliothèques au Québec, on leur a pitché l'idée, on leur a dit on a besoin de X milliers de dollars pour nous aider dans le prototypage. On a besoin de lever cet argent-là d'ici deux mois. Êtes-vous in?

Alexandre Cayla: Bonjour et bienvenue à Prod. Cette semaine à Prod, on parle avec Vincent Chapdelaine d'Espaces temps. Vincent est l'instigateur de plusieurs projets d'innovation sociale avec des composantes tech ou non. Avec le temps, sa compagnie qui s'est fait connaître pour son calendrier collaboratif, le Mur Mitoyen, une espèce de quoi faire à Montréal de la culture et de la technologie, s'est transformée en incubateur de projets améliorant les environnements pour les humains. On le rencontre dans les locaux de Temps libre, un espace de co-working et troisième lieu dans le Mile End où il nous parle de ses multiples projets, des difficultés de lancer une compagnie tech en tant qu'entrepreneur social et de comment faire pour embarquer des grosses bureaucraties publiques dans des projets un peu fous.

Alexandre Cayla: Tout d'abord, merci de participer à Prod.

Vincent Chapdelaine: Merci beaucoup.

Alexandre Cayla: Parle-moi un peu de Temps libre puis de de ce que vous faites.

Vincent Chapdelaine: De Temps libre ou d'Espaces temps?

Alexandre Cayla: D'Espaces temps.

Vincent Chapdelaine: Déjà on s'enfarge dans toutes ces organisations.

Alexandre Cayla: Exact. Mais donc, parle-moi un peu d'Espaces temps et de ce que vous faites puis après on pourra parler de de Temps libre.

Vincent Chapdelaine: Je vais parler de ce que Espaces temps fait maintenant, puis éventuellement si tu veux, on pourra creuser dans l'historique de l'organisation.

Alexandre Cayla: Tout à fait.

Vincent Chapdelaine: On est une entreprise d'économie sociale, constituée comme un organisme à but non lucratif. On ne dépend pas de fonds publics pour fonctionner. On a notre propre activité qui est essentiellement de concevoir et de réaliser des projets de toute nature dans plusieurs domaines qui mobilisent plusieurs expertises et qui essaient chacun à leur manière de de contribuer positivement à la société.

Alexandre Cayla: Ça c'est vraiment une mission large.

Vincent Chapdelaine: C'est très large.

Alexandre Cayla: C'est très large. Mais disons, au quotidien, les projets que vous allez faire, ça va souvent être soit des projets en collaboration avec des organismes publics, parapublics sur des capacités d'innovation qui peuvent inclure du numérique ou pas.

Vincent Chapdelaine: Exact. Effectivement, la plupart des projets, sinon tous les projets qu'on mène, que ce soit des projets qu'on crée nous-mêmes avec notre propre dynamique entrepreneuriale ou alors des projets dans lesquels on va s'impliquer comme consultants pour pour des partenaires ou des clients. Dans tous les cas, ce sont des projets qui mobilisent plusieurs dimensions, dont très souvent le numérique. Pour nous le numérique, c'est un moyen comme un autre, comme la création d'espaces physiques, de produits matériels et d'outils de communication.

Alexandre Cayla: Est-ce que c'est par intérêt? Parce qu'en fait, ce qui est intéressant, c'est que l'entreprise Espaces temps a débuté autour d’un projet qui s'appelait le Mur Mitoyen, qui comme un «Quoi faire à Montréal», mais plus au niveau scientifique et culturel.

Vincent Chapdelaine: Exact. Pendant les premières années d'Espaces temps, la seule chose qu'on faisait, c'était de gérer une plateforme numérique, le Mur Mitoyen, et vendre cette plateforme numérique. Il reste que notre finalité n'était pas nécessairement numérique. Notre objectif c'était de de permettre aux citoyens d'un peu partout d'avoir une connaissance sur ce qui se passe dans leur quartier pour que les gens puissent sortir de leur milieu, découvrir d'autres événements qui sortent de leur circuit d'information naturel. Dans ce projet-là, l'information était rassemblée à travers une plateforme numérique, donc s'est approprié les outils numériques, on a embauché des développeurs, des designers, on a compris comment faire un produit numérique. Mais on ne s'est jamais défini comme étant une boîte qui produit des produits numériques.

Alexandre Cayla: En même temps, je pense que naturellement, il y a le réflexe, surtout quand on dit "on veut rendre de l'information disponible", de faire des plateformes numériques. Puis pour le faire correctement, de facto, on devient des entreprises numériques parce que sinon les produits sont pas nécessairement très satisfaisants. Pour revenir sur ton point, je me souviens de la la V1, puis ensuite la V2, tu sais vous êtes partis de quelque chose de un peu off the shelf que tu avais toi-même patenté dans ton sous-sol dans le...

Vincent Chapdelaine: Il paraît, ouais. Mais en réalité, c'était un premier étage là, mais le mythe veut que c'était mon sous-sol.

Alexandre Cayla: Ah c'est ça, c'était un premier étage. Puis mais c'était pas c'était pas un garage, c'est fait que c'est pas exactement la ça ça rentre pas dans la mythique parfaite. Euh, puis après, quand même, vous avez donc justement bâti une équipe, puis là la plateforme qui est en ligne doit être beaucoup plus soit custom, soit quasiment développée un peu par par vous-mêmes.

Vincent Chapdelaine: Mais ce qui est drôle dans dans l'évolution de ce projet-là, c'est qu'effectivement, tu sais là, je l'ai dit moi-même, on s'est pas on se définit pas comme une boîte numérique, même si notre seul projet c'était une plateforme numérique. Et justement, ce qui s'est passé naturellement, c'est que au fil des ans, quand il a fallu créer cette expertise-là, puis ensuite, euh, scale, faire scaler le le logiciel, l'améliorer, l'optimiser, le le reprogrammer une grande partie, on a réalisé que espacestemps n'était plus le bon véhicule pour euh porter ce projet-là. Hmm. Donc en 2013, euh, quand même 4 ans après le début du projet, on a choisi de créer une nouvelle entreprise qui est qui est une coop, une coop cette fois, plutôt qu'un qu'un OBNL comme espacestemps. Et euh cette nouvelle entreprise-là roule depuis 2013 et développe la nouvelle génération de ce projet-là, qui a qui a complètement une autre identité, une autre une autre même une autre base de code et qui s'appelle Caligram. Hmm hmm. Qui va remplacer peu à peu et qui a déjà commencé à remplacer peu à peu toutes les toute la technologie qu'on avait développée à l'époque là euh dans mon sous-sol.

Alexandre Cayla: Ouais, c'est ça.

Vincent Chapdelaine: C'est ça. Donc, donc naturellement, le espacestemps a évolué et a a a senti à certaines étapes de son développement le besoin de créer des entreprises pour porter des projets qui nécessitent des expertises pointues. Hmm. Mur mitoyen, c'était le premier, donc on a créé une coop. Puis plus tard, on a créé un autre projet qui s'appelle Manivelle, euh, qui est aussi un projet technologique de d'affichage d'information euh sur des écrans interactifs. Et pour ce projet-là, également, en 2015, on a décidé de créer une entreprise autonome, une start-up Inc cette fois-ci pour porter le projet parce que l'ADN d'espacestemps n'est pas suffisamment pointu numérique pour être capable de de maintenir et scaler des produits numériques à l'interne. Donc là, espacestemps est devenu un peu plus comme un incubateur de projet, un genre de laboratoire où il y a plein d'idées qui s'entrechoquent et il y a des projets qui peuvent émerger. Puis à un certain niveau de maturité, quand on voit qu'un projet a un potentiel de de générer des revenus, de de de pouvoir soutenir une équipe et passer à l'échelle, on a plutôt choisi au fil du temps de de d'externaliser ces projets-là dans de nouvelles entreprises.

Alexandre Cayla: Ouais. C'est ça, de les de les rendre vraiment individuels. Puis pour le cheminement entre justement les quatre premières années, puis là le moment où vous avez refondé un peu espacestemps, ce que je trouve, c'est, même si vous vous définissiez pas comme un comme une entreprise numérique initialement, rapidement lorsqu'on parle à la diffusion d'information, on a toujours un peu le réflexe de dire "ah, je vais faire une plateforme", "ah, je vais faire une plateforme", puis "ah, j'ai besoin de connecter des gens", "ah, je vais faire une plateforme numérique". C'est toujours un peu le réflexe. J'ai comme l'impression qu'avec le temps puis les années, c'est comme un un réflexe que vous avez mis de côté. Qu'est-ce que, qu'est-ce qui a peut-être motivé cette transformation-là?

Vincent Chapdelaine: Je pense qu'au fil des années, on a peut-être un peu pris un peu de recul sur cette mission-là de qui était au départ vraiment centrée sur l'information. Et maintenant, puis assez naturellement, on a commencé à plus s'intéresser à la circulation des des idées, des connaissances, mais aussi des des, à l'importance en fait dans nos dans nos villes, dans nos sociétés, de créer des rencontres entre des gens qui ne ne se seraient pas nécessairement rencontrés. Et euh, tout ça est très dur à même s'il existe tous les réseaux sociaux, c'est quand même très dur à recréer en ligne. Et on, on a découvert avec le temps que il y avait une sorte de besoin criant dans l'espace physique dans nos villes pour euh des espaces de rencontre informels, des contextes d'émergence de d'idées, de projets, de dynamiques. Et on on s'est de plus en plus intéressé aux espaces physiques, ce qui a mené à la création de Temps libre, euh et à beaucoup de projets qu'on fait avec des du monde des bibliothèques, des lieux culturels, des universités où on on repense, on avec eux des espaces physiques pour les rendre centrés davantage sur les humains que sur traditionnellement disons euh les rayonnages de livres dans les bibliothèques ou les classes ou les couloirs dans les universités. Il y a énormément de potentiel perdu pour créer des environnements physiques qui sont engageants. Hmm hmm. Et qui vont favoriser la la rencontre entre les humains, puis qui vont qui vont pas déshumaniser les humains dans des genres de d'espaces très fonctionnels. Hmm hmm. Et euh, à certains égards, tu sais, on n'a pas éjecté le numérique. Manivelle, c'est un projet qui justement est à l'intersection entre le numérique et le physique. Puis je pense dans le futur, clairement, le le numérique va faire partie de l'espace physique, puis peut-être même que, tu sais, la distinction entre les deux va être de moins en moins claire, là, ou au fil des des prochaines décennies.

Alexandre Cayla: Si on voit espacestemps comme un une espèce d'incubateur d'idées puis de de projets, il y en a certains qui viennent de vous, puis il y en a d'autres qui viennent de partenaires. Est-ce que tu peux m'expliquer un peu comment ça comment ces projets-là arrivent typiquement?

Vincent Chapdelaine: Ouais, mais c'est sûr que c'est deux pôles qui se parlent nécessairement. Tu sais, le on s'est fait beaucoup connaître par les projets qu'on a créés nous-mêmes, donc le Mur mitoyen, Manivelle, Micro-Fiche, euh, Temps libre, qui sont les quatre projets qui sont qui ont émergé dans espacestemps et qui sont maintenant autonomes, qui ont leurs propres équipes. Puis je fais vraiment attention de pas m'approprier ces projets-là qui ont vraiment vécu euh de leurs propres ailes avec leurs propres leurs propres équipes maintenant, mais c'est quand même beaucoup ces projets-là qui ont fait en sorte qu'on on a été mis sur la map, disons. Hmm hmm. Et et c'est aussi des belles preuves de de nos capacités à à imaginer mais aussi mettre en œuvre des projets originaux, viables économiquement, complexes. Donc souvent, ces projets-là ont ont fait en sorte que des des organisations qui elles-mêmes souhaitent développer des projets innovants, ben nous ont nous ont contactés pour être accompagnés dans ces projets-là. Parce que souvent, ce qu'on a observé, c'est que dans le milieu des grandes institutions, euh, publiques et parapubliques, essentiellement, gouvernementales, municipales, il y a il y a parfois une grande difficulté structurelle de d'innover ou en tout cas de d'imaginer des projets qui sortent un peu des des sentiers battus. Donc nous, on arrive, on est souvent sollicité pour les accompagner là-dedans. Et euh on a on n'a pas eu à faire beaucoup de promotion de nos services, là il y a des organisations nous contactent avec des projets un peu fous. Puis c'est vraiment le fun parce qu'on est comme la boîte qui peut aider à faire des projets qui sont pas catégorisables vraiment. Tu sais, on n'est pas on n'est pas une agence de com, on n'est pas une boîte de design, on n'est pas une une boîte de de web, de stratégie numérique, ni de d'architecture ou d'aménagement, ni de participation citoyenne, mais on est capable de comprendre tous ces langages-là, puis de mobiliser toutes ces expertises-là pour faire des projets qui souvent ont des dimensions politiques, économiques, des euh spatiales, numériques, et euh et voilà. Donc on, en ce moment, comment on fonctionne, c'est qu'on est un un petit noyau de chargés de projets assez généralistes, mais ce qu'on maîtrise à l'interne, c'est le processus, puis cette vision-là d'ensemble. On a une quinzaine de collaborateurs dans plein de milieux. Donc on va concevoir des équipes projets pour chaque mandat ou chaque initiative et euh être capable de d'être là autant au niveau de l'idéation, de la stratégie, mais aussi de la mise en œuvre.

Alexandre Cayla: Hmm hmm. Est-ce que tu peux donner quelques exemples de ces projets-là pas catégorisables?

Vincent Chapdelaine: Ben, en fait, en ce moment, on travaille pour l'organisme Rideau, et qui c'est un bel organisme qui existe depuis 40 ans, qui est vraiment reconnu dans dans le milieu du spectacle. Eux ont des questionnements euh par contre, après 40 ans d'existence, ont des grandes réflexions stratégiques euh autant sur leur usage du numérique, ils veulent, ils ont des projets de plateforme à développer, mais ils sont assez en amont, ils ont ils ont besoin vraiment d'avoir des gens qui peuvent comprendre le numérique et la stratégie de développer des plateformes, de comment gérer et mettre en œuvre des plateformes. Mais en parallèle de ça, ils organisent aussi un grand événement annuel. Donc ils ont besoin de gens qui peuvent comprendre l'événementiel, qui peuvent comprendre l'animation de communauté, les les impératifs commerciaux aussi qui existent dans ce milieu-là. Et là, ils ont besoin, ils ont besoin d'une boîte qui peut les accompagner sur tous ces plans-là pour les aider à avoir une une vision claire et et euh stratégique pour leur développement. Donc nous, on, on, on est comme on est transversal, comme on a on on est à la fois dans le physique, dans le communautaire, dans le culturel, dans le numérique, on est capable d'arriver avec un regard qui qui fait le 360°, puis qui est qui arrive avec un une, je pense une intelligence ou euh qui est peut-être dur à mobiliser quand quand on va voir s'il était allé voir disons une entreprise spécialisée en numérique, ou une entreprise spécialisée en événementiel ou en marketing ou en en business.

Alexandre Cayla: Une raison pour laquelle votre expertise est sollicitée, c'est que les organisations, disons plus larges, les les partenaires institutionnels sont pas outillés pour faire ce genre de projets-là. Puis on on s'attend à ce que un peu intuitivement, vous contribuez aussi au changement de la culture de ces organisations-là. Mais dans d'autres cas, vous avez des partenaires qui tout de suite ont embarqué dans le projet, puis qui vous ont même financé un peu comme comme Manivelle, par exemple. Tu sais, vous êtes arrivés avec l'idée, vous l'avez présentée, il y a eu un ensemble de bibliothèques qui se sont mises ensemble pour vous financer, puis là boom, vous avez pu avoir un prototype. Ouais. Est-ce que, est-ce qu'il y a des comme des leçons à tirer de ça? Est-ce qu'il y a comme quelque chose qui explique ça ou c'était juste vraiment comme des cas particuliers?

Vincent Chapdelaine: Ben, je pense qu'il y a quand même une méthode qui s'est développée au fil du temps, puis qui pourrait être une sorte de leçon. Je sais pas à quel point c'est une recette vraiment, mais souvent ce qui a marché quand on a essayé de démarrer des projets, puis Temps libre, ça a été la même chose que Manivelle, des idées un peu folles, mais qu'on a réussi à embarquer des grandes institutions qui sont souvent difficiles à mobiliser comme des bibliothèques ou des universités. Hmm hmm. Et euh, effectivement, Manivelle, tu sais on avait juste une idée qui était de créer un écran, un logiciel sur un écran interactif qui allait permettre de mettre en valeur les collections numériques des bibliothèques. Puis là on est allé voir cinq grandes bibliothèques au Québec, on leur a, on leur a parlé, pitché l'idée, on leur a dit "on a besoin de X milliers de dollars pour nous aider dans le prototypage. On a, on a besoin de lever cet argent-là d'ici 2 mois. Êtes-vous in?" Et euh, pour Temps libre, ça a été une démarche similaire, on avait, on était encore plus pressé dans le temps parce qu'on avait euh, fallait qu'on, fallait qu'on se dépêche pour pas perdre un local qu'on voulait louer de 9000 pieds carrés pour créer le projet. Puis là ce qu'on leur a dit essentiellement, c'est "ben, on a le local, on a l'équipe, on a les, tu sais, on va le faire." "Est-ce que vous embarquez? Êtes-vous in?" Vous avez deux mois pour nous donner X milliers de dollars puis signer une entente. Puis dans les deux cas, ce qui à mon avis a été une des clés du succès, c'est d'une part, c'est un projet un peu, c'est des projets excitants, innovants, qui sont qui peuvent générer de une genre de flamme chez les gens là qui sont qui sont passionnants. D'autre part, c'est, c'est des projets qui sont réalistes, même s'ils sont inhabituels, qui sont quand même fondés sur du sur des des vraies études, des du vrai, un vrai plan d'affaires qui a de l'allure, une vraie stratégie qui a de l'allure. Et enfin, puis je pense c'est ça qui fait que ça marche, c'est que le discours qu'on tient, c'est qu'on va le faire quoi qu'il arrive. Hmm hmm. Et là, ce qu'on fait, c'est qu'on on on on invite les partenaires à être là dès le début puis à à s'embarquer dans l'aventure. Comme le train est déjà en marche, vous pouvez sauter dans le train si vous voulez, vous n'êtes pas obligés. Dans tous les cas, le train tu sais, est déjà, il va avancer. Puis, moi ce que je, je j'ai souvent l'occasion de parler à d'autres entrepreneurs de de ça, puis ce que je réalise souvent, c'est que les les entrepreneurs qui ont des projets excitants comme ça, ils souvent ils vont attendre d'avoir les partenaires avant de mettre le train en marche. Mais les partenaires, les institutions, ils ont pas envie de prendre des risques, puis de d'embarquer dans un train qui est pas encore démarré, c'est risqué. Hmm hmm. Par contre, les institutions ont besoin, ont envie d'innover, ont envie de pouvoir dire qu'ils sont qu'ils sont dans des dynamiques d'innovation. Donc, de se lancer dans un ou de devenir partenaire d'un projet qui existe, c'est beaucoup moins stressant, puis là ça devient même tentant pour les institutions. Par contre, soutenir un projet qui existe pas encore, c'est beaucoup trop risqué pour une institution. Donc c'est, même si le projet en réalité est pas encore démarré, de de juste affirmer hors de tout doute, ce projet-là va démarrer, on en est là, on est on est déterminé puis ça, tu sais, il y a aucun aucun doute que ça va se passer, c'est comme prophétique parce que ça ça crée l'action et l'adhésion.

Alexandre Cayla: Hmm hmm, hmm hmm. Qu'est-ce que tu penses des entrepreneurs sociaux qui veulent utiliser de la technologie pour soutenir leurs projets? Puis aussi, c'est quoi les défis auxquels ils devraient s'attendre, euh qui sont peut-être pas nécessairement évidents au premier abord?

Vincent Chapdelaine: Qu'il faut ce qui est vraiment dur avec les technologies, c'est de, ben lever l'argent, comme ça, c'est très coûteux de développer des technologies. C'est très dur de créer une culture de d'une équipe de dev qui va être euh stable. Hmm. Parce que les développeurs sont des sont des denrées rares qui sont extrêmement convoitées. Et dans dans le secteur de l'entrepreneuriat social, euh c'est parfois quand même, c'est parfois plus dur d'être concurrentiel au niveau des conditions de travail, au niveau des salaires. Et mais non seulement ça, tu sais d'avoir un dev qui est bien payé, il va peut-être être malheureux s'il est pas dans une équipe avec d'autres développeurs. Donc ça demande, ça demande quand même des moyens pour pouvoir passer à une certaine échelle, euh et créer cette cette cap, cette cette équipe-là et cette capacité-là à de rétention des des programmeurs ou des des expertises techniques. Euh, en tout cas pour moi, ça a été un défi au fil des ans. Sinon, ben un autre des défis quand même, parce que moi je suis beaucoup euh je me définis beaucoup comme un entrepreneur dans le le monde de l'économie sociale, des entreprises collectives. Et dans ce secteur-là, c'est assez difficile, c'est encore plus difficile de trouver le financement nécessaire au démarrage de projets technologiques. C'est pour ça que Manivelle, on a finalement on a décidé de créer une Inc parce qu'on n'arrivait pas à trouver autant assez de financement pour créer le projet en coop ou en OBNL.

Alexandre Cayla: Les entrepreneurs sociaux, quand ils se lancent dans un projet, c'est qu'ils veulent créer, ils veulent réaliser cette vision-là, ils veulent avoir cet impact-là. Euh, est-ce que tu penses qu'il y a une bonne compréhension de ce que ça prend pour atteindre cet objectif-là, surtout si c'est un un projet social tech? Ou est-ce que c'est juste souvent, tu sais, un peu plus naïf du genre euh "ah ben, c'est juste une plateforme, ça va être facile, euh tu sais, mon ami connaît WordPress", puis euh

Vincent Chapdelaine: Ben je peux pas parler pour les autres parce que j'ai quand même l'impression que le il y a une sorte de, tu sais au fil des années, les gens deviennent plus plus éduqués par rapport aux technologies puis peut-être moins naïfs. Ce que je peux dire, c'est que dans mon cas, j'ai été très naïf. Et euh je me suis lancé dans des projets technologiques en me disant "ben c'est correct, tu sais, ça, ça doit pas être si compliqué". Mais c'est compliqué la technologie, c'est compliqué, c'est compliqué du code, puis créer créer du bon code qui va bien bien vieillir, qui va être soutenu, qui va être maintenu, qui va pas devenir un genre de patchwork de plein de programmeurs. Pour quelqu'un comme moi qui est pas, qui est pas un, un informaticien ou un programmeur, de de créer une entreprise technologique, c'est vraiment difficile. C'est difficile de d'être de pas être naïf, tu sais. Parce que c'est c'est une expertise de pointe. Et euh c'est sûr qu'au fil des ans, tu gagnes en en compréhension, puis tu es tu es meilleur pour évaluer la complexité des projets numériques. Mais malgré tout, c'est très euh, c'est très dur quand tu viens pas toi-même ou tu as pas un un cofondateur qui est lui-même un un tech. Donc, je c'est ça que je recommanderais en fait à des entrepreneurs sociaux tech qui sont pas eux-mêmes des des des des programmeurs ou des ingénieurs logiciels, ayez-en un dans votre comme comme cofondateur ou comme associé. Parce que c'est très, c'est très solitaire, c'est quand tu es au top avec et que tu as pas le le tu as pas l'expertise de ton entreprise dans les dans les des associés ou les dirigeants.

Alexandre Cayla: Hmm hmm, hmm hmm. Puis, est-ce que il y a des, à ton avis, des structures qui pourraient être mises en place pour faciliter la création de projets ou potentiellement soutenir des entrepreneurs sociaux technologiques, euh, parce qu'en même temps, tu sais, s'attendre à ce que chaque chacun de ces projets-là puisse atteindre peut-être une taille avec deux, trois devs pour qu'il y ait une équipe, que ce soit bien rémunéré, c'est un c'est un c'est un plancher qui est vraiment haut d'une certaine manière.

Vincent Chapdelaine: Il y aurait clairement des choses à faire dans pour adresser ça. Euh tu sais, là justement, on travaille avec des organismes des culturels qui veulent créer des plateformes numériques, puis c'est pas évident, tu sais, est-ce que, tu sais ils sont quand même pas pour se créer une grosse équipe de dev à l'intérieur de leur petit organisme culturel. Fait que là, l'alternative, c'est de faire appel à des agences. Mais là l'agence, les agences numériques, tu sais une fois que la plateforme est développée, il reste que l'expertise est un peu nulle part, là tu sais. L'expertise en réalité est dans l'agence, mais l'agence là son contrat est terminé, puis souvent de faire la maintenance tout le temps, c'est c'est un peu chiant. Puis c'est ça laisse le client dans une genre de position fragile de dépendance envers des des compagnies web. Pour et même même chose pour des entrepreneurs comme moi qui veulent créer des projets web, mais on est un peu dans la même situation où ça c'est vraiment dur de créer d'avoir l'expertise à l'interne. Et on a pas envie nécessairement d'être dépendant d'une agence externe pour l'expertise informatique. Donc, je pense qu'il y aurait des, il y aurait sans doute des coopératives à créer, des OBNL à créer, euh, qui qui pourraient être des prestataires de services pour des projets numériques, euh, qui nécessitent quelques quelques employés, qui sont pas nécessairement assez matures pour avoir une une énorme équipe ou alors qui sont portés par des institutions, d'autres OBNL, des organismes culturels, même des projets publics à la limite. Mais bon, on n'a pas ça encore au Québec. Il existe des coops, il existe déjà des des agences qui sont structurées sous la forme de coopératives, mais ça reste que c'est des coops à but lucratif, puis c'est quand même une logique d'agence qui est un peu similaire. Ce qui serait le fun, je pense, c'est d'avoir des structures un peu parapubliques, de des agences numériques publiques. Mais on n'est pas là encore.

Alexandre Cayla: Puis est-ce que tu penses que c'est possible comme modèle hybride? Parce que quand on parle des de la qualité du code, puis de la connaissance technologique au gouvernement du Québec, c'est vraiment pas nécessairement tripant. Euh mais mais ça serait, ça serait une possibilité. Est-ce que ça ça semble raisonnable comme euh

Vincent Chapdelaine: Ben moi, ce que...

Alexandre Cayla: Espérance peut-être, selon toi?

**Vincent Chapdelaine:** Moi ce que je, ce que j'idéalise, c'est pas du tout euh ou ce que ce dont je parle, c'est il faudrait pas que ça devienne une genre de grosse machine publique hyper bureaucratique. Ce que ça pourrait être, c'est un, tu sais, une structure indépendante, mais euh financée par l'État, Hmm hmm. et euh, à la limite, tu sais, avec en ayant sur son conseil d'administration des représentants, je sais pas, du ministère de de l'économie, de l'innovation ou de différentes municipalités, de la ville, quelque chose, quelque chose d'autonome, mais de quand même euh, quand même près du public et avec une mission très nette que c'est pas une structure qui est là pour euh, engendrer des profits, mais bien pour maintenir et développer des plateformes euh à la fine pointe qui sont d'intérêt public. Ça, je pense que ça pourrait marcher, tu sais, s'il y avait s'il y avait une quand même une grande indépendance au niveau des processus, au niveau au niveau de de la culture.

Alexandre Cayla: Hmm hmm. Hmm hmm. Ouais non, c'est cool, ça serait ça serait intéressant de voir si ça ça pouvait euh euh se réaliser. Si on on se rapproche euh peut-être on revient euh à espacestemps, au lieu de Temps libre. C'est quoi un peu les les prochains projets dans vers où vous voulez évoluer?

Vincent Chapdelaine: En ce moment, on travaille super fort, c'est cet été à vraiment professionnaliser encore plus nos méthodes, notre notre équipe. Là, on va embaucher un chargé de projet dans en septembre, on va publier une offre d'emploi bientôt. Euh on veut, fait qu'on on veut vraiment solidifier le noyau et euh dans un premier temps, développer la branche service-conseil davantage pour essayer d'arriver à un point où on a où on a amassé un fonds de réserve conséquent qu'on va ensuite pouvoir mettre au au service d' de nouvelles initiatives. Donc en ce moment, on a mis un peu un moratoire sur des nouvelles initiatives internes pour euh pour y revenir avec davantage de force d'ici un an ou deux. Euh, pour ce qui est de nos nos projets qu'on développe comme consultant, mais on là on est beaucoup dans le milieu, tu sais, au service des projets culturels, des projets de de dynamique locale, de quartier. Euh on est dans le milieu universitaire.

Alexandre Cayla: Quels projets les gens pourraient euh s'attendre à voir sortir dans les quelques peut-être mois à venir qui auraient euh qui serait un bel exemple de ces différentes expertises là que vous avez mis à profit?

Vincent Chapdelaine: Ben, tu sais les projets qu'on fait comme pour des clients, c'est souvent on les, ça prend du temps avant que ça soit vu par le public, là.

Alexandre Cayla: Ouais.

Vincent Chapdelaine: Tu sais, le, on a travaillé à imaginer la nouvelle bibliothèque et maison de la culture du Plateau Mont-Royal, mais ça, ça va être fini en 2022, genre. Euh, là on travaille à mobiliser des acteurs communautaires pour réfléchir à l'avenir d'un hangar du nom de la Voie ferrée dans le Mile End, mais ça aussi, ça va prendre des années avant que le projet va être dévoilé au public. Euh, c'est ça qui arrive, tu sais, comme on travaille beaucoup avec le municipal, le monde universitaire, c'est des structures qui prennent quand même du temps avant de, avant que le les projets soient soient terminés parce qu'il y a beaucoup d'étapes, il y a des concours d'architecture, il y a, donc euh en ce moment, on n'a pas sur la table à dessin un projet spécifique qui va qui va qui va être diffusé massivement dans quelques mois là. Hmm hmm. Mais tout ça s'installe peu à peu.

Alexandre Cayla: C'est tout pour aujourd'hui. Si vous voulez en savoir plus sur espacestemps et ses projets, vous pouvez vous rendre sur espacestemps.ca/portfolio et si vous êtes plus aventureux, vous pouvez vous rendre au 5605 avenue de Gaspé à Montréal dans le Mile End pour découvrir Temps libre qui, en plus d'être un espace de co-working, possède un espace public ouvert à tous où on peut s'asseoir pour travailler ou rencontrer des gens sans se sentir obligé d'acheter un café à chaque heure. Vous pouvez aussi vous rendre sur le site de l'émission, leprodcast.com, pour découvrir des vidéos et d'autres contenus additionnels sur espacestemps. Évidemment, si vous avez aimé cet épisode, n'hésitez pas à laisser un commentaire sur iTunes ou Google Play, à vous abonner et même à en parler à vos amis. Merci et à la semaine prochaine.

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