Participation au balado Ensemble, demain

Entrevue accordée à Sofia Oukass pour son balado Ensemble, demain, le 30 juin 2024.

Retranscription

Sofia Oukass: La notion d’être et de co-créer ensemble a toujours fait émerger des étincelles dans mon cœur. C’est ensemble qui nous permet un humain à la fois, d’écrire de nouveaux récits pour nos aujourd’hui et nos demain, des récits inspirés, teintés d’amour et de collaboration.

Alors, dans un élan naturel de partage, cet espace naît enfin, un espace de réflexion, de partage, d’échange, d’écoute, sans montage et sans flafla. Un moment qu’on passe ensemble pour explorer, ressentir, expérimenter de nouvelles façons d’être et de faire pour nos aujourd’hui et nos demains.

Bienvenue dans le podcast Ensemble demain. Un podcast animé par So & Co avec moi, Sofia, au micro. Un espace dédié à l’exploration de thématiques variées, d’idées, d’initiatives qui nous ouvrent le regard, celui qu’on porte sur soi, sur les autres et sur le monde.

Ici, il n’y a pas de vérité, il n’y a pas de certitude. Il y a juste des ressentis partagés, des perspectives, des voies de réflexions, des récits pour inspirer positivement le changement.

Parce que j’ai cette conviction profonde que c’est dans le ensemble, dans une démarche de connexion à la fois individuelle et collective, qu’on est en mesure de réimaginer le monde autrement. Un monde plus humain, plus juste, plus en santé, plus vivant.

Alors, bonjour et bienvenue sur ce tout nouvel épisode du balado Ensemble demain. Je pense que vous l’aurez compris hein, les discussions que je vous propose ici, ben ça vient souvent de d’élans, d’intuitions, d’aller à la rencontre d’une personne ou d’un thème ou d’un projet qui vient nourrir quelque chose, qui vient ouvrir le regard sur quelque chose.

Puis je me dis souvent que si ça crée l’étincelle chez moi de cet élan d’apprendre, de quoi apprendre, ça peut peut-être l’éveiller chez vous. Puis, ça fait un bout de temps déjà que j’explore dans So & Co puis dans l’intime, comment est-ce qu’on peut se ramener dans une posture plus collaborative, plus inclusive, puis j’aime dire plus vivante. Donc, qui vient nourrir la vie. Et, j’ai été interpelée par tout ce qui a trait aux communs, puis différentes approches. Puis quand j’ai découvert Projet collectif, c’est venu nourrir dans le tangible ce qui était encore pour moi très peu concret en fait.

Et donc, encore cette fois-ci, c’est dans un élan assez vivant que j’ai été amené à contacter Vincent. Vincent Chapdelaine qui est le cofondateur de Projet collectif. Puis Vincent et son équipe, ce qu’ils ont comme inspiration, en tout cas de ce que je comprends, c’est d’ouvrir les savoirs, de connecter les savoirs mais aussi de connecter les gens entre eux en créant ces espaces à la fois de co-apprentissage, d’innovation, de retrouvailles peut-être entre nos humanités puis ce qu’on porte en nous. Et, ils sont notamment les créateurs de la plateforme En commun qui vient précisément mettre dans le concret justement cette vision là.

Et puis Vincent, du parcours que j’ai pu saisir a plusieurs cordes à son arc, c’est un humain qu’on ressent engagé, passionné envers justement cette mobilisation des savoirs, cette création d’espaces qui nous permettent d’être dans une démarche participative et puis d’amener une forme de démocratie en fait à ce niveau-là. Ce que j’ai pu lire aussi, c’est le parcours de bibliothécaire aussi, de physicien, d’accompagnateur de projets d’impact. Donc, différentes choses mais qui se rejoignent au niveau du fait qu’il y a un élan qui est ressenti de contribuer à une société qui est plus ouverte et finalement plus vivante.

Alors dans cet épisode, on va plonger dans l’intime du parcours de Vincent avant d’aller s’imprégner dans l’essence de ce que ça signifie d’ouvrir les savoirs, de l’importance des savoirs ouverts puis de la nécessité de repenser peut-être nos plateformes de partage, nos sociétés, autant individuellement que collectivement. Et puis, on viendra éclairer le concept des communs avec la perspective de Vincent.

Merci beaucoup d’être avec moi. C’était long cette introduction, merci d’avoir été patient. Et puis, au-delà de la présentation que je fais de toi, je dis souvent que j’aime partir de l’intime et de qui est la personne et donc ce qui imprègne finalement son parcours. Donc, si tu peux me parler de toi, de ton histoire, de tes valeurs, de ton enfance, peu importe de ce qui fait sens dans cette conversation et pour toi.

Vincent Chapdelaine: Tout d’abord merci de me recevoir. Depuis aussi longtemps que je me souvienne dans mon enfance, j’ai toujours été interpelé par le monde de l’imaginaire. Très tôt, j’étais un lecteur boulimique et très tôt aussi j’ai commencé à écrire par passion des textes un peu absurdes, imaginaires, de science-fiction, etc. Depuis que j’ai à peu près 8 ans.

J’étais attiré par les idées originales, les perspectives originales, le monde de l’imaginaire. En même temps, je suis aussi très rationnel et pragmatique. J’ai un parcours scientifique et encore une fois, depuis très tôt, j’aimais dans mon enfance explorer le monde autour de moi, bidouiller avec des circuits électriques par exemple. J’ai toujours eu ces deux côtés-là, créatif et rationnel.

À l’âge adulte, depuis la fin de mes études, j’ai eu un parcours assez éclectique, très entrepreneurial. Ça a été long en fait avant que je me considère comme un entrepreneur, puis même aujourd’hui, je ne sais pas encore à quel point c’est une étiquette que je veux porter. Ce qui est certain, c’est que pour moi, créer des projets, créer des organisations, je le vis à la fois comme un acte créatif et un acte pragmatique.

Un autre des fils conducteurs depuis très longtemps, c’est une vocation pour l’accès aux connaissances et la démocratisation des savoirs. Cela m’a amené à étudier pour devenir bibliothécaire, qui est une profession que j’ai exercé un certain temps et que je considère encore exercer, même si je ne travaille plus pour des réseaux de bibliothèques. Pour moi, tout le travail qu’on fait à Projet Collectif, ça reste une vocation très bibliothéconomique dans le sens d’organiser et de favoriser l’accès aux connaissances.

À travers mon parcours professionnel, il y a aussi cette volonté de contribuer à ma manière à une société plus juste, équitable, écologique. Je pourrais en parler un peu plus de ce qu’on fait à Projet Collectif dans ce sens là, mais en tout cas, pour mettre la base, c’est comme ça que je me présenterais.

Sofia Oukass: C’est intéressant. En fait, tu imbriques un petit peu tout. Autant ce que tu as vécu, puis ce que tu as exploré, puis finalement, c’est cet élan créateur qui t’amène à à contribuer. Je trouve ça intéressant aussi, il y a beaucoup d’entrepreneurs ou de personnes qui se considèrent entrepreneurs qui nous suivent. Je sais que c’était pas du tout prévu à l’horaire mais, entreprendre c’est quoi alors pour toi, si je puis me permettre ?

Vincent Chapdelaine: C’est de mettre en action nos idées, que ce soit à travers le véhicule d’une organisation ou non. On peut entreprendre dans la vie civique, à travers des projets citoyens, personnels ou artistiques. Pour moi, quelqu’un qui entreprend, c’est quelqu’un qui va oser mettre la roue en marche d’un projet ou d’une réalisation quelconque.

Il y a plein de sortes d’entrepreneurs. Je me considère comme un entrepreneur collectif, un entrepreneur social. Je veux entreprendre avec d’autres et dans une volonté de partage du pouvoir, de partage des retombées, des visions. Ça ne m’empêche pas aussi d’entreprendre dans la sphère personnelle. Pour moi, c’est un peu la même posture, c’est-à-dire que je suis quelqu’un d’action. Je ne suis pas la personne qui va passer beaucoup de temps à faire plein de recherches, à ça c’est peut-être une de mes lacunes, mais heureusement, je suis entouré de plein de gens qui peuvent amener de la profondeur, disons, plus théorique à ce qu’on fait.

Quand je dis que j’ai de la misère avec l’étiquette, c’est que’n réalité, je suis un entrepreneur, mais je suis aussi un gestionnaire. Je suis avant tout un humain qui est engagé, passionné. Mon travail, c’est un élan de passion plus que la volonté d’entreprendre, de créer une organisation. L’organisation est un moyen pour un élan de vision, de valeur, de passion que je porte.

Sofia Oukass: Merci, on se retrouve là-dedans. Je dis souvent que So & Co c’est un prétexte pour contribuer. Je trouve ça intéressant que tu l’amènes puis que tu le déposes en fait qu’il y a tellement de façons d’être entrepreneur, puis c’est un peu être entrepreneur à l’échelle de toutes les sphères de nos vies, puis tout se regroupe vers, pour toi, cet élan-là de de venir contribuer à quelque chose avec le collectif.

Tu en as parlé, tu l’as nommé tantôt, je l’ai nommé en intro. En ce moment, tu co-portes le projet qui s’appelle Projet collectif. Dans Projet collectif, il y a l’élan d’aller ouvrir les savoirs et de connecter les personnes autour pas juste des données, mais des humains aussi. Est-ce que tu peux nous en dire un peu plus sur ce qu’est Projet collectif, et ce que ça signifie ouvrir les savoirs?

Vincent Chapdelaine: Projet collectif est un organisme à but non lucratif créé en 2021 et que je codirige avec mon collègue Joël Nadeau. On est toute une équipe, on est rendu une quinzaine de personnes. On a aussi un CA et on a quasiment 400 membres. C’est vraiment beaucoup de monde qui se retrouvent autour de cet organisme qui porte la mission de connecter les savoirs et les personnes pour une société plus collaborative et ouverte. Concrètement, on travaille sur deux volets qui sont très reliés pour nous: la collaboration ouverte et les savoirs ouverts. Je vais présenter le tout à travers les constats qui nous ont menés à créer Projet collectif.

On constate que dans la société québécoise, il y a une effervescence très riche d’initiatives, d’acteurs, d’organisations, d’institutions, de réseaux. Cette effervescence se passe sur le terrain à travers le Québec dans plein de domaines qui portent en commun un système de valeurs pour une société plus juste, équitable et écologique. Et là, je ne pense pas seulement au milieu de l’innovation, je pense vraiment à travers la société québécoise, que ce soit le milieu communautaire, le monde de la recherche, le milieu municipal, le monde de la culture, de l’éducation, de la santé, de la fonction publique, il y a des centaines de milliers de québécois québécoises qui sont engagés dans toutes sortes d’initiatives, des mouvements sociaux jusqu’aux institutions gouvernementales.

Tous ces gens-là ont en commun de vouloir contribuer à une meilleure société. Or, à travers la société, on remarque qu’il y a plein de silos, les gens travaillent dans leur secteur d’activité, dans leur organisation, dans leur territoire. Il y finalement assez peu d’occasions et de leviers pour faciliter la rencontre entre les personnes d’un secteur à un autre, d’une région à une autre, autour de problématiques qui sont souvent partagées, communes.

En même temps, le travail en silo fait en sorte que les connaissances qui témoignent de toute cette activité — les connaissances terrain, expérientielles, bonnes pratiques, s rapports que tout le monde génère à tout bout de champ — ces connaissances sont créées d’une manière à s’adresser à un cercle d’initiés assez proche. Ce sont des connaissances qui circulent assez mal dans la société, qui sont assez difficiles à repérer.

C’est là où on en arrive à Projet collectif avec l’idée de soutenir la collaboration ouverte. Par là, ce qu’on entend, c’est de faciliter la rencontre entre les personnes qui travaillent sur des problématiques communes à travers la société, indépendamment de leur région, de leur secteur d’appartenance. Puis, de faciliter la circulation des savoirs qui témoignent de tous ces projets et de tous ces apprentissages.

Ce sont deux côtés d’une même médaille parce que les savoirs ne sont pas que explicites ou intégrés à des documents, les savoirs résident en fait beaucoup en nous. Les humains sont des formidables véhicules de savoirs.

Connecter les gens entre eux, favoriser la collaboration, la création de liens de confiance entre les personnes, c’est aussi favoriser le transfert des savoirs. Tout ça nous a amenés à créer Projet collectif.

Très concrètement, on réalise ce mandat-là de plein de manières. Tu l’as nommé en introduction. On anime des cohortes d’apprentissage, on soutient des démarches à travers le Québec pour aider les acteurs à documenter leurs savoirs, à créer des communautés de pratique, à développer des bases de connaissances ouvertes et collaboratives.

On a aussi créé des plateformes numériques. Pour l’instant, il y en a deux. Praxis, qui est une plateforme d’accès aux savoirs, et Passerelles qui est une plateforme de communautés de pratique. On est en train de planifier une troisième plateforme, Bbillard, qui va être une plateforme d’accès à l’information éphémère comme les événements, les annonces, les communiqués, etc. Voilà, je m’arrête là, je pourrais en parler longtemps de tout ce qu’on fait, mais on pourra plonger dans la suite de la discussion.

Sofia Oukass: Ben oui, bien sûr. Ben en fait, ça donne un très beau portrait de justement d’où c’est parti, pourquoi c’est venu titiller quelque chose, puis comment c’est en train de prendre forme, de se transformer. J’ai trouvé très intéressant ce que tu partageais au niveau des savoirs, finalement, qui ne sont pas uniquement des savoirs qu’on met sur papier, qui se retrouvent dans des articles, dans des livres, mais vraiment comme le savoir qui est incarné par la personne même que tu rencontres, que tu as en face de toi, qui incarne quelque chose peut-être, et puis qui du coup te transmet quelque chose. Et donc, il y a tellement de types de savoirs.

Quand tu rencontres une personne, il y a une transmission qui se fait dans l’invisible au-delà de ce qu’elle peut te transmettre en mots. Ça rejoint beaucoup de choses qui me tiennent à cœur. Un peu plus tôt dans l’intro, je parlais que le fait de repenser les savoirs, c’est repenser aussi notre société. Comment est-ce que de repenser notre manière de de faire circuler l’information, au-delà des plateformes qui amènent une forme de manipulation. C’est un jugement, mais je parle de Facebook, de toutes les plateformes sociales qu’on voit en ce moment.

C’est quoi cette perception là différente ? Puis comment, justement, ça sépare de ces plateformes qui viennent amener un élément d’influence, mais parfois d’influence non positive. Puis comment est-ce que ça peut transformer nos sociétés? Où est-ce qu’on veut s’en aller en tant que société ?

Vincent Chapdelaine: J’aurais envie de prendre ce sujet non pas sous l’angle des plateformes, mais plutôt des paradigmes sociétaux dans lesquels on produit les savoirs. Il y a tout l’univers des savoirs scientifiques. On pourrait en parler longtemps des dérives de la production scientifique. Mais quand on pense à tout le reste de la société, au monde professionnel, aux mouvements sociaux, la pratique sociale en général, on vit dans un paradigme qui est celui de des savoirs fermés par défaut.

Généralement, les organisations vont produire des savoirs en ayant une posture où, par défaut, les savoirs ne sont pas rendus publics, ne sont pas un bien commun. À la pièce, l’organisation va décider que tel document, on va le mettre sur notre site web, on va le rendre public, mais on va quand même garder une licence de propriété intellectuelle sur tous ces savoirs. On est dans cette société où les savoirs sont considérés comme une propriété, ayant une valeur très grande qu’on veut protéger à tout prix.

La conséquence de ça, c’est que les savoirs pratiques, expérientiels sont finalement assez difficiles à repérer et à consulter. Ce qu’on met de l’avant, c’est une vision très long terme, qui va prendre sûrement plusieurs générations, d’une société où les savoirs sont ouverts par défaut. Pour nous, les savoirs ouverts, c’est avant tout une posture sociale dans laquelle on vient se situer quand on produit des savoirs pour se dire que les savoirs qu’on produit ont effectivement une valeur d’intérêt public, d’intérêt commun pour la société. On va par défaut rendre accessible et disponible et adaptable les savoirs qu’on produit, puis à la pièce, on va décider que tel savoir est confidentiel, stratégique.

Il y a tout un renversement de posture qu’on essaie d’incarner, puis d’amener dans la société. À travers ça, il y a aussi un autre paradigme qu’on essaie de déconstruire, qu’on appelle le paradigme du document. C’est devenu un automatisme très profond. Quand on produit de la connaissance, on va souvent avoir le réflexe de créer un document, un document linéaire, classique, avec un début, une fin, puis des sections, puis on va publier ça en PDF sur notre site web.

C’est devenu tellement la norme qu’on ose pas le remettre en question. C’est ce que tout le monde fait. Mais en même temps, il faut reconnaître que les documents linéaires classiques ne sont pas toujours les meilleurs véhicules pour la connaissance. Quand on publie un document de 43 pages, il y a énormément de savoirs qui peuvent y être inclus, et c’est impossible de venir citer ou diffuser à la pièce un de ces éléments de ce savoir.

C’est comme si on force un genre de bloc monolithique pour un ensemble de connaissances qui pourraient être atomisées, puis vivre chacun leur vie et tout en étant reliés. Un autre des moyens qu’on met de l’avant à Projet collectif est d’amener les gens à repenser la diffusion de savoir dans un format qui est plus en réseau, atomique, évolutif et dynamique, plutôt qu’une vision plus statique et linéaire comme le document classique le propose.

Briser le paradigme du document pour nous, c’est une des façons de peu à peu briser le paradigme du savoir fermé par défaut. Mais bon, ça va prendre du temps.

Revenons à la question des plateformes numériques. Les algorithmes des plateformes, surtout des réseaux sociaux américains, vont créer des effets pervers, des chambres d’écho qui mettent en valeur des contenus optimisés pour favoriser l’engagement, et pas nécessairement parce que ce sont des contenus qui sont utiles ou intéressants.

À Projet collectif, parmi tout ce qu’on fait, on a notamment initié des plateformes numériques comme des communs numériques. La philosophie derrière nos plateformes est très différente. On n’est pas dans l’optimisation pour l’engagement, mais plutôt dans la création d’un commun de connaissance qui va pouvoir outiller les acteurs terrain dans leur travail, et offrir un accès à des savoirs et à des communautés utiles pour les gens. Le tout sur des principes d’éthique et de logiciels libres.

On n’a pas la prétention d’être une alternative aux plateformes privées américaines. On ne crée pas un réseau social ou ce type de plateforme. Ça peut quand même être rassurant pour bien du monde qu’il existe des alternatives pour avoir des espaces de discussion sur Passerelles, une alternative aux groupes Facebook. Voilà en résumé notre grande vision de société. J’ajouterais aussi que notre approche par rapport aux savoirs, c’est aussi parce qu’on croit que la connaissance — accéder aux connaissances, puis mettre en commun les connaissances — c’est un grand projet de société, c’est une façon de d’encapaciter les milieux et de soutenir la résilience des communautés.

Le savoir est une des clés pour une société qui est en mesure de réagir aux enjeux, aux crises. Les savoirs et la connexion humaine, peut-être même encore plus. C’est pour ça qu’on agit aussi sur la collaboration dans une volonté de créer des liens de confiance entre les personnes et de créer une société où il y a encore plus de maillage entre les gens. On doit sortir de cette combinaison de petites bulles fermées sur elles-mêmes comme on le voit juste dans la façon dont la société est organisée en secteur et en territoire.

Sofia Oukass: Oui, oui. Ben, en fait, je trouve ça tellement intéressant le portrait que tu donnes, puis à chaque fois un petit peu à la fois ce qu’il y a dans le, dans le tangible, des actions que vous portez, puis en même temps la vision qui est plus grande. Puis, cette confiance que dans un temps plus long, ben il y a quelque chose qui va, qui va, qui va se produire, qui va se tisser. Et, je trouve intéressant de, de voir à quel point finalement, dans cette vision là, tu sais, c’est des actions que vous amenez au travers les plateformes, au travers justement le paradigme du document, justement qui, où la transmission se ferait plus par un document structuré de telle manière, qui vient pas juste par l’action de de ne plus créer ce type de document ou d’en créer un autre autrement, va aller transformer la posture à l’intérieur, au fil du temps, ben la, la posture incarnée par les gens.

Je trouve ça intéressant la notion de posture qui se transforme, mais qui se transforme sur un temps long, même s'il y a de l'action à court terme qui se fait, qui vient tisser ça. Et je trouve ça important que tu dises que ce n'est pas une compétition avec les plateformes américaines qui existent, ou toutes ces plateformes-là qui ont une autre vision de la société, mais plutôt un espace que vous créez dans cette idée d'amener un commun numérique.

Et finalement, d'amener une autre alternative qui permet de connecter, de faire en sorte que chacun retrouve cet élan d'être en capacité d'agir, parce qu'il y a beaucoup ce sentiment d'isolement, d'impuissance, de tout ça qu'on ressent dans la société en ce moment, et qui fait que pour beaucoup, ça fige complètement. Et que cette posture vient dire : chacun a sa place autour de la table, vous pouvez vous parler, chacun a quelque chose qu'il peut apporter, qu'il peut faire.

Et justement, tu parlais des communs numériques. Je voudrais qu'on en vienne à cette notion des communs qui vient teinter l'approche autour des savoirs, de l'ouverture des savoirs. Est-ce que tu peux nous définir ce que ça veut dire pour toi les communs, ce concept, ce principe des communs ? Qu'est-ce que ça signifie ?

Vincent Chapdelaine: Oui, j'ai sorti la définition du lexique Praxis. Sur Praxis, il y a un lexique avec 1700 termes, et évidemment les communs sont définis. Il y a plusieurs définitions qui existent, et je n'ai pas la prétention d'être un expert, on a Marie-Soleil L’Allier dans l'équipe qui est une experte sur le sujet. Mais en gros, un commun, c'est un ensemble de ressources en accès partagé et collectivement gouverné au moyen d'une structure de gouvernance assurant une distribution des droits et des obligations des participants aux communs.

Un commun se veut être une façon de créer, de gérer une ressource en dehors de la logique marchande habituelle de notre système économique, avec une façon de structurer le partage du pouvoir entre les participants au commun qu'on appelle les commoners. Pour prendre l'exemple des plateformes En commun qu'on a créé, ici, c'est un commun numérique, un logiciel libre.

On est en train d'étudier justement la licence qui va permettre d'encadrer le fait que le code de la plateforme est libre. Ensuite, on est aussi en train de bâtir une structure de gouvernance dans avec la communauté d'utilisateurs et d'utilisatrices des plateformes. C'est aussi une question de posture : Projet collectif comme organisation, on est l'initiateur, avec nos capacités, de cette ressource. Mais ensuite, on va la mettre en commun. On va la transférer, et peu à peu, travailler à ce que cette ressource soit portée par la communauté et ne soit pas dépendante de Projet collectif comme structure.

On pourrait imaginer que les plateformes En commun existent au-delà de la durée de vie de Projet collectif. Les organisations ne sont pas éternelles. On espère que les communs qu'on crée puissent avoir une durée de vie plus grande, puissent traverser des différents contextes qui pourraient se présenter dans le futur. De plus en plus, à l'interne, on réfléchit à la question des communs.

Évidemment, on crée des communs. On veut aussi soutenir le renforcement de capacité par rapport au commoning dans la société. Les communs, ce sont des ressources, mais le commoning, c'est une posture de contribution à un projet, à une démarche, à une organisation. On croit au commoning comme posture de collaboration, il y a un appétit pour cette approche dans plein de milieux.

Il y a des membres de notre équipe qui ont discuté récemment avec des gens des centres d'action bénévole. Le bénévolat comme modèle de contribution sociale, il est aussi en train de se réinventer. Beaucoup de gens ne veulent pas nécessairement avoir une posture de bénévole qui est un peu l'équivalent, si on caricature, d'un travailleur non rémunéré. Mais il y a beaucoup de gens qui seraient prêts à contribuer à travers une posture de commoner, c'est-à-dire : oui, je contribue, mais ça fait sens pour moi. Et j'ai non seulement du temps, je peux aussi avoir voix au chapitre, réfléchir, contribuer à la réflexion, au développement des projets dans lesquels je m'implique.

C'est une autre posture. Dans notre volet collaboration ouverte, on veut pouvoir soutenir le développement du commoning au Québec.

Sofia Oukass: Donc, le commoning, ça serait comme ramener cette forme d'agir en commun, mais qui est un agir où chacun a une voix au chapitre, au-delà du bénévolat entre guillemets, du soutien qu'il apporte à tel ou tel centre ou organisation ou quoi que ce soit. Donc qu'il y ait possibilité de partager ses perspectives, au-delà de là où il œuvre dans le concret.

Vincent Chapdelaine: Oui, et ce qui est sûr, c'est que dans la réalité, c'est un spectre. Il peut y avoir des projets qui incarnent l'approche de commoning sans que ça soit complètement une gouvernance à pouvoir partagé à 100 %. Je pense qu'en injectant cette posture, on peut tendre encore une fois, si on se met dans un temps long, et on réfléchit à l'évolution des pratiques sociales, on pourrait imaginer que plus ça va, plus cette culture est incarnée.

C'est très proche en fait de tout le mouvement coopératif et de l'économie sociale, où on a encore une fois la gouvernance partagée, mais qui demeure inscrit dans un système économique relativement classique. L'économie sociale se propose de concurrencer le marché privé par la vente de biens et services, mais à travers des structures démocratiques. Le commoning et les communs, ça va encore plus loin en disant, peut-être qu'on peut créer des ressources qui ont une grande valeur, mais qui ne sont pas soumises à la même réalité économique que l'entrepreneuriat social, l'économie sociale.

Sofia Oukass: Oui, ça vient élargir la perspective. Je ne sais pas, peut-être que je dis des bêtises, mais il y a beaucoup la notion de propriété qui veut se retirer de cette approche en disant, des fois c'est de s'approprier collectivement quelque chose qui n'appartient à personne. Un peu ce que tu partageais pour la plateforme En commun : Projet collectif est l'initiateur du projet, c'est lui qui construit cette plateforme en ce moment, qui vient décortiquer, planifier ce qui pourrait faire en sorte que ce soit ouvert au niveau du code, au niveau de toute la participation autour, et qui deviendrait finalement cette plateforme qui n'appartient à personne, mais qui appartient à tout le monde.

Vincent Chapdelaine: Oui, qui est dans le domaine public, qui appartient à l'humanité. Là, on est dans le cas d'un logiciel libre, mais ça fait longtemps que ça existe dans le monde du logiciel. L'univers du logiciel libre fonctionne comme ça. Ce qui est intéressant, c'est que de plus en plus, en ce moment, il y a vraiment de l'intérêt au Québec pour cette approche dans le monde de de l'immobilier, du foncier, de l'agriculture. Il y a des fiducies foncières, de fiducies d'utilité publique qui émergent.

C'est super de voir que ces approches peuvent s'appliquer à un territoire, et dans bien des situations, c'est absurde de considérer que le territoire soit privatisé, que l'habitation soit privatisée. Devant les crises qui s'en viennent, je pense que ces approches peuvent gagner en popularité. Je ne veux pas me faire d'attente, et je me dis : tout ce qu'on fait, ça se réfléchit dans le temps long, et peut-être que ça ne va jamais devenir des paradigmes dominants ou des postures dominantes.

Mais, peut-être aussi qu'avec l'accélération des crises que va traverser la société, on va de plus en plus être à la recherche de nouvelles façons de s'organiser, et que ce qu'on est en train de mettre en place comme infrastructure va pouvoir contribuer à répondre à ces besoins de plus en plus.

Sofia Oukass: Oui, et aller ramener cette idée de transformer la façon dont les communautés se rejoignent et dont chacun s'organise ensemble, alors que justement dans la crise qu'on vit, il y a ce côté que tout le monde se sépare un petit peu. Justement, il y a l'organisation en silo dans les différentes sphères de la société ou au niveau des savoirs, mais il y a des gros murs entre les personnes, entre les humains, et dans cette quête de liberté individuelle qui nous éloigne un peu de cette justice sociale.

Donc, je trouve ça intéressant et que justement, ce principe des communs est applicable un peu partout au final. Mais, effectivement, je suis d'accord que, il y a peut-être ce rêve que ça amène à ça, mais soit on ne le vivra pas de notre vivant, soit ça va se passer, soit ça peut ne pas se passer, mais peu importe ce qui est semé maintenant, ça peut permettre de contribuer.

Et justement, dans ma question en lien avec ce principe, tu as parlé d'un niveau technologique, parce qu'il y a l'aspect très technologique dans la plateforme. Et au-delà des défis technologiques, c'est quoi les défis qui se présentent à vous en ce moment avec ce que vous essayez de mettre en place ?

Vincent Chapdelaine: Il y a plein de défis. Je pense que les plus grands défis, ça va toujours être le fait qu'on s'attaque, entre guillemets, à des habitudes bien ancrées dans les milieux. Et aussi, tout le monde est surchargé, il y a un manque de ressources. Il y a beaucoup d'acteurs qui vont trouver intéressant ce qu'on fait, mais qui n'ont pas la capacité de prendre le temps d'y réfléchir, de discuter avec nous de projets, d'aller chercher des fonds pour démarrer des choses. C'est sûr qu'il y a cette réalité à laquelle on est confronté.

En même temps, elle est tellement vaste la société québécoise, et on travaille avec les milieux qui sont prêts à embarquer dans cette façon de faire, à explorer ces façons de faire. Et il s'avère que déjà beaucoup de gens sont prêts à embarquer dans cette mouvance, à commencer à produire des savoirs d'une manière ouverte, à créer des communautés de pratique, à collaborer autour de projets.

Déjà, juste avec ceux que ça interpelle, ça nous garde très occupé, et ça fait en sorte qu'on est quand même dans une gestion de l'enthousiasme. Il y a beaucoup de gens qui viennent frapper à notre porte, qui veulent développer des partenariats avec nous. Et c'est vraiment génial. Pour donner une idée, on a lancé au début de l'année un appel d'intérêt parce qu'on va bientôt déployer des bases de connaissances ouverte sur Praxis.

C'est quelque chose qui n'existe pas encore, mais une nouvelle façon d'organiser les savoirs par base de connaissances. Et là, on est en train d'étudier une trentaine de projets concrets de bases de connaissances. Dans plein de sphères de la société : en santé, en alimentation, en transport. Et à chaque fois, ce sont des grappes de partenaires de différents écosystèmes qui se réunissent parce qu'ils veulent mettre en commun leurs connaissances dans un espace neutre et partagé comme une base de connaissance, plutôt que de les garder chacun sur leur site web, une ancienne façon de faire encore très répandue.

Le défi, disons, plus macro, c'est le changement de culture dans les organisations qui se fait lentement, le manque de ressources, et cetera. Un des défis plus imminents et court terme, c'est quand même pour nous la gestion de tout ce momentum qui s'installe autour de nous, de l'ensemble des opportunités qui se présentent à nous parce qu'on ne veut pas se disperser, on veut rester intentionnel dans comment on accorde notre temps, et on ne veut pas non plus que l'équipe soit débordée.

Il y a toute cette gestion du développement de l'organisation qu'on ne veut pas développer trop vite. En même temps, on veut se donner les moyens pour être une organisation qui va répondre aux besoins qui se présentent à nous et agir de manière significative sur la société. Ça revient à un défi de gestion: comment on structure nos opérations, notre équipe sans trop structurer parce qu'on veut garder une culture très organique, collégiale, créative. Ce sont quelques défis, mais ce sont de très beaux défis et on s'amuse beaucoup, on a une belle vie d'équipe, on n'a pas à se plaindre en fait.

Sofia Oukass: Oui, ça se ressent! 'est un défi à la fois de gérer ce qui se passe au niveau macro, au niveau de la posture, de la culture, des habitudes, et en même temps, cette gestion d'enthousiasme qui se fait sentir tout autour, et finalement qui nourrit votre projet, mais qui fait que ça demande une certaine structure pour pouvoir dire oui à tout ce qui vient vers vous et qui, finalement, va vers cette vision.

J'en viens à cette question-là qui est celle du ensemble, qui est celle du nom du podcast qui dit "Ensemble demain". Si tu avais à amener une perspective plus globale, à quoi le ensemble peut nous servir, et cette posture collaborative, ouverte, dans cette transition de société, pour qu'elle soit plus en soutien de la vie, de la justice et d'une autre forme de liberté, repenser aussi cette liberté.

Vincent Chapdelaine: Quelle vaste question. J'aurais envie de revenir à la base qui est qu'on est, on est quoi, 8 millions d'humains au Québec sur un territoire. Ma collègue Marie-Soleil m'a amené le concept de reliance qui est un terme qui désigne la qualité et la quantité de liens de confiance qui existent entre les personnes, entre les humains.

Je pense que on gagne à avoir une plus grande reliance entre les membres de la société. Pas juste au niveau quantitatif, mais aussi au niveau de la diversité des liens. Les gens vont avoir des liens de confiance avec des personnes qui leur ressemblent beaucoup dans leur sphère d'activité ou socio-économique ou territoriale. Je rêve d'une société où il y a de la reliance intergénérationnelle, interculturelle, interrégionale. Un grand réseau d'humains connectés à travers le territoire qui se connaissent assez bien pour pouvoir faire appel les uns aux autres. Pour moi, tout ça forme le tissu d'une société qui est résiliente. Je pense qu'en ce moment, c'est ce qu'on a besoin, d'une résilience communautaire, sociale, humaine, parce que on ne sait pas ce que l'avenir nous attend. Il se peut que les structures soient affectées.

Ce qu'on a besoin, ce n'est pas tant de créer des nouvelles structures, mais d'aller encore plus dans le fondamental, créer du lien entre les humains qui vont ensuite pouvoir être plus en capacité de faire face à des crises. En fait, ça a déjà commencé.

Je parle beaucoup d'humains, mais je pense que c'est important aussi que tous ces beaux humains soient connectés à la nature, au vivant, à leur environnement, et qu'il y ait un changement de culture par rapport à ce territoire que l'on habite. C'est très utopique, mais il faut commencer, il faut s'inscrire dans une vision à long terme.

Et, je pense que ça pourrait s'accélérer. Plus les crises vont devenir palpables — ça commence déjà à l'être — on va de plus en plus sentir qu'il y a une double société. Des personnes qui s'engagent dans cette voie de vouloir travailler à une société plus résiliente, écologique, et cetera, et, peut-être de l'autre côté une société qui veut préserver ses acquis, va quand même continuer. On ne se fait pas d'illusion. Mais, voilà, ça n'empêche pas qu'on doit travailler la résilience des communautés à travers tout ça.

Sofia Oukass: Tu en parlais au début, dans ce qui te définissait, cette notion d'imaginaire, cet élan de créer, d'imaginer. Des fois, ça passe, ça a l'air d'une grande utopie, ça a l'air illusoire. En même temps, c'est un autre imaginaire à tisser. Ça commence par l'imaginaire qu'on choisit de tisser en nous, puis entre nous, puis tout autour de nous.

J’ai envie de te dire que on se rejoint dans ce rêve. Alors, on va être deux utopiques, réalistes, réalistes, je ne sais pas. Ce que j'entends, c'est ton rêve, finalement. Tu m'as partagé ton rêve. C'est un rêve, un grand rêve.

Vincent Chapdelaine: Oui, c'est un grand rêve, c'est un beau rêve.

Sofia Oukass: Je sais que cette question n'était pas prévue non plus à notre discussion, mais justement pour aller nourrir cet imaginaire, nourrir le rêve ou nourrir cette vision, tu peux ne pas répondre si ça te prend de court, mais justement, qui est-ce que ce serait le fun que je reçoive ici, ou quel livre, quel média, peu importe, qu'est-ce que ça nous ferait du bien d'aller, d'aller écouter, lire en ce moment ?

Vincent Chapdelaine: Je pense qu'il y a plein de gens en tout cas de l'équipe de Projet collectif, mais aussi de notre environnement immédiat, des gens, des partenaires avec lesquels on travaille. Je ne veux pas nommer de nom, mais il y a plein de choses qui se passent de vraiment fascinant dans lesuqels on a une position de partenaire ou d'observateur.

Il y a un mouvement social en émergence qui s'appelle Multitudes, qui est vraiment à connaître et à suivre autour de la transition socio-écologique. On publie un bulletin de veille à chaque mois, à chaque deux semaines, qui s'appelle L'édito Quinzo. Et là, en prévision de l'été, on a fait une liste de lectures et de produits culturels, disons, qu'on recommande.

Donc, ça peut être une des sources où des auditeurs pourraient trouver des éléments intéressants. Je vais continuer à y penser, et si je trouve des éléments plus précis là, je t'écrirai.

Sofia Oukass: Oui, je t'ai pris de court, mais c'est parfait. Je me réfère à ça, Multitudes, et l'Édito Quinzo à aller explorer bientôt. Merci beaucoup Vincent pour ce moment. Encore une fois, un autre beau moment qui me fait réaliser que c'est bon de suivre les élans, et les étincelles qui se profilent. Et puis, ben merci pour ceux qui nous ont écouté, et n'hésitez pas, voilà, à interagir, et à venir, à venir jaser autour de ces grands sujets-là. Voilà, à bientôt, merci encore.

Vincent Chapdelaine: Merci Sofia.

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