Participation à la balado de Fred Savard
Vincent Chapdelaine, Frédérique Dubé, Véronique Larose et Joël Nadeau ont pris la parole lors de la balado de Fred Savard pour discuter de mobilisation des connaissances et de savoirs ouverts. Lien vers l’épisode.
Retranscription
Fred Savard: Bienvenue à ce septième épisode de la balado, Fred Savard avec vous. Un épisode qui a été construit en deux parties. La première partie, j'ai reçu une invitation d'un OBNL qui s'appelle Projet collectif et qui avait envie de poursuivre la réflexion sur la mobilisation des connaissances parce qu’eux, dans le fond, font la même chose mais dans un contexte plus citoyen. Alors c'est un partenariat que j'ai fait avec eux. J'étais assez intrigué parce qu’ils sont beaucoup dans les savoirs ouverts. En fait, ils essaient de répandre cette bonne nouvelle citoyenne, d'accroître les savoirs ouverts dans à peu près toutes les sphères de la société. Ils ont organisé une Journée des savoirs qui se déroulait à Montréal, jeudi. Je suis allé faire un tour avec mon enregistreuse. J'ai rencontré des gens aussi.
Ça va être donc la première partie de l'épisode de cette semaine. C'était vraiment intéressant. La journée était divisée en plusieurs séances. Je donne des exemples, il y avait un atelier qui s'appelait Rêver ensemble; savoirs et perspective féministe; bibliothèques publique et démocratie; le fanzine, outil de diffusion et de mobilisation des savoirs; la pensée visuelle, effet de mode ou changement de pratique. Il y avait vraiment cette idée de démocratiser les savoirs ouverts. Vous allez voir, on en parle. Moi je savais pas du tout c'était quoi. Alors on va vraiment réfléchir et écouter ceux qui ont les deux mains dedans.
On va retrouver des concepts qu'on avait déjà abordé dans d'autres épisodes de la balado. Il y a quelque chose qui était vraiment naturel, que je m'arrête à penser et à aller voir ce que font les gens de Projet collectif et j'ai même appris, vous allez le voir à la fin que de plus en plus, la balado s'inscrit dans cette idée des savoirs ouverts. Alors ça, c'est la première partie et la deuxième partie, on retrouve God Larendo pour sa chronique. On a discuté ensemble. C'est drôle parce qu'à la fin on a fini d'enregistrer puis on trouvait que c'était une chronique qui sonnait comme celle qu'on faisait pendant la pandémie dans le ton en fait. C'était bien agréable. Alors voilà, c'est ce que je vous propose. Vous allez voir, j'ai essayé des affaires sur le plan de la réalisation parce que c'est ça, je me suis promené à la Journée des savoirs ouverts.
Je pouvais être là juste l'avant-midi, je n’ai pas pu parler à des gens qui donnaient des ateliers, mais j'ai quand même capté des bribes. Vous verrez, je pense que ça va sur le plan sonore, donner une idée de ce qu'étaient cette Journée des savoirs ouverts. Voilà, je n'en dis pas plus et je vous souhaite un excellent épisode et je vous retrouve à la toute fin pour euh vous offrir une chanson qui va avoir un rapport direct avec un des sujets abordés par Godefroy.
Vincent Chapdelaine, Joël Nadeau, bonjour.
Vincent Chapdelaine: Bonjour.
Joël Nadeau: Bonjour.
Fred Savard: Nous, Vincent, on s'est déjà croisé dans une autre vie. Vous étiez dans d'autres projets, vous êtes un entrepreneur ?
Vincent Chapdelaine: Je me suis beaucoup défini comme un entrepreneur social et comme un bibliothécaire.
Fred Savard: Oui, c'est votre formation.
Vincent Chapdelaine: Oui, tout à fait. J'ai étudié en physique et en sciences de l'information et je réalise différents projets depuis une vingtaine d'années qui ont tous en commun d'être des projets collectifs. Mais là, depuis 3 ans, je suis cofondateur et co-DG avec Joël ici présent d'un organisme qui s'appelle Projet collectif.
Fred Savard: Joël Nadeau.
Joël Nadeau: Je viens de l'Estrie, j'habite en ruralité où je suis conseiller municipal aussi accessoirement, mais effectivement, cofondateur de Projet collectif et à la codirection. J'ai été dans le numérique avant, dans le développement rural.
Fred Savard: Vous vous êtes promené. On va le dire où vous êtes conseiller municipal parce qu'on est déjà allé à la balado, c'est à Saint-Camille.
Joël Nadeau: Oui, oui. Une communauté qui est très vivante.
Fred Savard: Vincent, vous m'avez contacté parce que l'ajout de la mobilisation des connaissances l'an dernier avec les chaires de recherche universitaire, ça vous a titillé parce que Projet collectif, c'est un peu ça, mais à l'extérieur du cadre universitaire. Est-ce que je résume bien ce qu’est Projet collectif ?
Vincent Chapdelaine: C'est une partie de ce qu'on fait. Projet collectif est dans le domaine de la mobilisation des savoirs, mais aussi dans le domaine de la collaboration ouverte au Québec. Pour nous, c'est très relié et effectivement, on travaille avec le monde universitaire, mais on est beaucoup aussi dans les milieux de pratique.
Fred Savard: Il y a une dimension citoyenne.
Vincent Chapdelaine: Notre organisation est née d'une grande mobilisation citoyenne et de réseaux sectoriels de plusieurs milieu: en environnement, en culture, dans le monde communautaires, en économie sociale. Ce qui a mené à la création de Projet collectif, ce sont des années de travail terrain de la part de Joël, de ma part, et de plein d'autres gens avec lesquels on travaille depuis des années. Ce qu'on observait, c'est que dans plein de milieux, il y a du travail en silo, il y a des connaissances qui devraient circuler mieux, qui devraient être plus faciles d'accès, et qui ne le sont pas. Notre objectif, c'est de renforcer les capacités de ces milieux à avoir accès à des connaissances utiles pour leur travail.
On pense à des professionnels en alimentation ou dans les milieux de la ruralité ou en habitation ou en environnement. Il y a plein de bonnes pratiques et de savoirs qui émergent du terrain, mais souvent, ces savoirs-là vont être consignés dans des guides, mis sur des sites web, circuler dans des infolettres, et ensuite, être durs à repérer.
Notre travail autour de la mobilisation des connaissances au départ, c'est de faciliter l'accès à ces connaissances et aussi de créer de simplifier la connexion entre les personnes. Parce que les savoirs sont beaucoup des savoirs tacites que les gens ont de par leur expérience. C'est pour ça qu'on a tout le volet collaboration.
Fred Savard: En fait, ils n’ont pas le réflexe de les consigner quelque part.
Vincent Chapdelaine: Ce n'est pas toujours nécessaire de les consigner. Les gens sont occupés, ils n’ont pas le temps de tout documenter.
Si quelqu'un cherche à transformer son église en centre communautaire, comment va-t-elle pouvoir entrer en contact avec d'autres gens qui ont fait ça dans d'autres villages au Québec ?
Fred Savard: c'est-à-dire c'est-à-dire Pilou.
Vincent Chapdelaine: Oui, par exemple.
Fred Savard: On était à Saint-Camille, ce n'était pas dans l'épisode mais Pilou était là à Saint-Adrien. C'est le modèle qui sort tout le temps puis il y en a d'autres.
Vincent Chapdelaine: Il y en a plein d'autres. Une des des choses qu'on fait, c'est de créer des espaces pour que les les Pilous de ce monde se connaissent entre eux et puissent se repérer facilement. On est dans le monde de la mobilisation des connaissances mais avec un angle très savoir expérientiel, savoir pratique. ce qui nous amène à travailler avec plein de centres de recherche et le monde universitaire mais surtout avec des organismes, des réseaux sectoriels, des institutions publiques, des municipalités, toutes sortes d'acteurs à travers la société.
Fred Savard: Joël Nadeau, tu es impliqué politiquement à Saint-Camille. Saint-Camille, on a fait des blagues tantôt mais c'est un milieu particulier où les gens ont envie vraiment de faire les choses autrement. J'imagine que c'est pas un hasard que ce soit un élu de Saint-Camille qui soit là-dedans.
Joël Nadeau: J'imagine.
Fred Savard: On me pose souvent la question, qu'est-ce qui se passe là-bas ?
Joël Nadeau: Il y a un paquet de milieux ruraux au Québec, urbains aussi, des quartiers, un peu partout, tu sais, où il y a vraiment un bouillonnement, il y a une mobilisation citoyenne, il y a des belles choses qui se font, des belles initiatives. Les gens se sentent souvent isolés dans ce qu'ils font, ils ne savent pas ce qui se fait ailleurs, et c'est difficile de savoir comment les choses ont pu se réaliser dans quelles conditions, avec quelles ressources, avec quels moyens, de quelle manière. Il y a des transformations d'église ou des préservations de services de proximité, sauver l'école, des projets de marchés biologiques du coin ou peu importe. Le fait de d'être en contact avec d'autres milieux, c'est important pour la la survie de n'importe quelle communauté.
Fred Savard: Avant d'aller plus loin, là on parle de savoirs ouverts. On connait beaucoup le savoir partagé, qui n’est pas tout à fait la même chose. Est-ce qu'on peut peut-être juste tracer la ligne ?
Vincent Chapdelaine: Quand on parle de savoir ouvert, on présente ça comme une posture sociale. L'idée c'est de créer un rapport à la connaissance qui est dans une intentionnalité d'accès et de partage.
Fred Savard: Ouais.
Vincent Chapdelaine: Ça peut prendre la forme d'adopter des licences libres et ouvertes pour que le savoir puisse encore plus facilement circuler, être approprié par d'autres, mais ça peut être aussi tout simplement d'être dans une logique de mettre en accès libre, en diffusion le plus grande possible les connaissances qu'on produit. Et de le faire en ayant en tête qui sont les publics de nos connaissances, et comment est-ce que les savoirs qu'on produit dans notre milieu vont pouvoir peut-être aider à d'autres milieux.
Cette semaine, j'étais en discussion avec un un groupe dans le Bas-du-fleuve qui travaille sur la question du vieillissement. Ils ont fait un événement sur la co-création de partenariats entre le milieu de la recherche, le milieu communautaire et les patients. Dans le contexte de leur événement dans le Bas-du-fleuve, ils auraient pu créer plein de connaissances qui restent uniquement dans le Bas-du-fleuve. Mais là, avec cette posture des savoirs ouverts, ça les amène à réfléchir à comment leurs apprentissages vont pouvoir bénéficier à des gens d'autres régions, peut-être même d'autres secteurs que le secteur du vieillissement. Des partenariats entre la recherche et les citoyens, il y en a dans tous les domaines.
Sans nécessairement demander plus de travail, le savoir peut être produit d'une manière à être le plus largement accessible.
Joël Nadeau: Dans l'idée des savoirs ouverts, il y a l'idée de remix aussi, de favoriser l'appropriation, de le faire évoluer parce que dans un milieu, ça va avoir une résonance différente, ça va être un contexte différent, puis à partir d'autres expériences, ce savoir là va continuer d'évoluer. Il y a cette idée là aussi d'actualisation des connaissances.
Fred Savard: Comment fait-on pour élargir le spectre de ce qui serait possible d'inclure dans le savoir ouvert ?
Vincent Chapdelaine: Il y a plusieurs dimensions à cette question-là. Il y a la posture. On travaille beaucoup à sensibiliser et à transmettre des bonnes pratiques. Par exemple, on travaille depuis un an et demi avec les étudiants en environnement de l'Université de Sherbrooke. Ils travaillent à toutes les sessions à faire des gros rapports, par exemple créer une politique de d'économie circulaire pour la ville de Granby.
Depuis 20 ans que les étudiants font ce genre de travaux-là qui servent un instant, puis ensuite, c'est tabletté. En réalité, une politique d'économie circulaire de la ville de Granby, elle pourrait être utile à tous les autres villes de cette taille-là au Québec.
Fred Savard: C'est quand même une ville type, Granby. C'est pas toutes les villes qui ont les moyens de payer pour ça.
Vincent Chapdelaine: C'est sûr que chaque milieu a ses propres caractéristiques, mais si la ville de Drummondville avait accès à la politique de la ville de Granby, elle pourrait aller beaucoup plus vite pour créer sa politique d'économie circulaire. Là on travaille avec l'université puis les étudiants pour créer une base de connaissances ouverte avec de ce type de connaissance-là. C'est des choses très concrètes. On a déjà des centaines de contenus en libre accès que d'autres villes à travers le Québec utilisent. C'est un exemple super concret qui n’a pas demandé plus de travail à quiconque, c'est juste une autre posture à adopter.
Fred Savard: C'est vraiment un paradigme à changer.
Est-ce qu'il y a des résistances ? Là, je me tourne vers Joël parce que tu es tu es dans le milieu municipal.
Joël Nadeau: En général, dans la société, on le voit quil y a de plus en plus d'ouverture pour ça.
Fred Savard: Les élus rajeunissent.
Joël Nadeau: Aussi. Faut quand même le dire, dans le monde municipal.
Fred Savard: Oui, c'est vrai.
Joël Nadeau: Je pense que les gens voient la valeur ajoutée, la pertinence de faire circuler les les connaissances. Il y a des obstacles: on manque de temps, on manque de ressources, on manque de capacité, on manque d'occasion, on est aussi dans un contexte de surabondance d'information, de connaissance aussi, tu sais, qu'il faut être capable aussi de trier.
Fred Savard: Comment tu vas y aller ? Oui, c'est ça, d'organisation, de trouver les bonnes connaissances, d'édition, des savoirs.
Joël Nadeau: On pourrait dire la même chose de la collaboration. On travaille beaucoup nous autres aussi sur le volet de collaboration, même chose, il manque des fois de temps, de ressources. Les gens ont a des enjeux qui appellent à ça, l'importance de collaborer par exemple, disons qu'on prend l'habitation ou l'alimentation qui sont des enjeux majeurs présentement au Québec. C'est multifactoriel, c'est multisectoriel, c'est tout le monde, c'est à toutes les échelles aussi. On est face à des enjeux où les gens voient qu'on est obligé de travailler ensemble.
Vincent Chapdelaine: C'est sûr que ce changement de culture-là, il va être long là. On ne change pas rapidement comment une société fonctionne, comment on est formaté de travailler aussi comme professionnels. On travaille dans plusieurs secteurs à travers le Québec, et on sent que’il y a de l'appétit pour ça. Je pense qu'on est rendu à une étape. On vient de traverser 20 ans de mouvement des données ouvertes où les organisations, les gouvernements sont de plus en plus à l'aise à l'idée de partager des données. La prochaine étape, c'est les connaissances. C'est plus intangible.
Fred Savard:Comment on les rend ? Comment on les on les consigne ?
Vincent Chapdelaine: Les données, on les consigne dans des bases de données.
Fred Savard: Oui, voilà.
Vincent Chapdelaine: Les connaissances, on les consigne dans des bases de connaissances entre autres, mais pas uniquement. C'est ça qui rend ça plus délicat parce qu'il y a des connaissances tacites. Ça peut être de créer des moments de partage, de savoir informel comme des communautés de pratique, des événements. D'un point de vue à large échelle, comme société, on pourrait imaginer un système de mise en commun des connaissances qui sont documentées, celles qui sont consignées dans des bases de connaissances en réseau. Nos collègues Véronique et Frédérique vont pouvoir partager ce volet là.
rendu ici
Fred Savard: C'est vrai, c'est vrai. Parce que ça reste quand même abstrait, tout ça.
Vincent Chapdelaine: Ouais.
Fred Savard: Vous, vous avez les deux mains dedans. Moi moi qui est un grand fan de trad qui a fait des projets aussi avec ce projet là de balado avec le conseil des arts vivants, c'est aussi une préoccupation qui est grande de préserver le patrimoine vivant. Est-ce qu'on peut inclure ça ? En fait, comment on l'inclu dans une une posture de savoir ouvert ?
Vincent Chapdelaine: Quand on parle de savoir pratique, nous c'est une façon d'englober, c'est très englobant là. C'est les savoirs, mettons les bonnes pratiques qui émergent d'un travail d'un professionnel ou d'un travailleur, travailleuse dans son milieu, à travers l'expérience, on peut développer des méthodes, des des apprentissages, des réflexions. Pour nous, tout ça rentre dans le grand chapeau là de des savoirs pratiques. Puis on veut un peu redonner des lettres de noblesse aux savoirs pratiques, expérientiel, la transmission orale parce que on vit quand tant mieux là, on vit dans une société qui met beaucoup de l'avant les les savoirs scientifiques puis
Fred Savard: Et technologique aussi.
Vincent Chapdelaine: et technologique. Mais on doit aussi prendre soin de nos savoirs pratiques. Il y a il y a beaucoup de connaissances et de richesse à à ces savoirs-là dans la société. Donc, demain, l'événement, la journée de savoir ouvert, c'est c'est comme un un événement où on on amène les gens à réfléchir à comment améliorer la circulation des savoirs dans la société.
Fred Savard: Ouais.
Vincent Chapdelaine: Mais en soi, c'est un événement de partage de savoir sur les savoirs. c'est très c'est très méta. on aime ça.
Fred Savard: Le milieu de la recherche universitaire. Parce que là, vous, vous vous dites en fait c'est une catégorie de savoir, eux comment ils vous perçoivent ?
Joël Nadeau: Bah on est on travaille beaucoup avec le milieu de la recherche nous aussi puis autant c'est intéressant sur le terrain de s'inspirer des connaissances plus académiques, autant la recherche a besoin de s'alimenter de ce qui se passe sur le terrain aussi. Euh d'ailleurs on vient de terminer un projet de recherche super intéressant sur l'état de l'écosystème si on veut là de la transition, toute la la transition écologique, le mouvement environnemental au Québec et tout ça. Puis ça c'est un projet qu'on a fait avec l'Université du Québec en Outaouais puis le réseau écologiste euh le le le regroupement des des groupes écologistes du Québec, le QG, je m'excuse.
Fred Savard: C'est vrai, c'est vrai.
Joël Nadeau: Euh et euh donc pour mieux comprendre un peu qui travaille présentement sur ces enjeux-là, sont où les enjeux, les freins, les verrous, sont où les opportunités de de collaboration, où est-ce que ça accroche, comment est-ce qu'on peut se projeter ensemble, comment est-ce qu'on peut faire en sorte que tout le monde se parle un peu plus facilement. Et puis ça c'est c'est c'est intéressant pour tout le monde, c'est intéressant pour les groupes sur le terrain, c'est c'est intéressant du côté de la recherche pour mieux comprendre ça aussi, être capable de l'analyser. Euh c'est important pour orienter les les actions de collaboration ensuite et tout. Euh alors ben ça ça c'est un exemple je pense où puis il y a je sens aussi qu'il y a une génération présentement de jeunes chercheurs et chercheuses
Fred Savard: on fait pas d'âgisme. D'ailleurs, il y a un atelier demain qui va parler de ça, de l'âgisme entre autres.
Joël Nadeau: Euh mais c'est sûr que ça ça fait du bien. Oui, ben une génération ou un mouvement en tout cas, tu sais, de de de de puis d'avoir des des d'avoir des cycles courts aussi, tu sais, de de faire en sorte que ça soit utile la recherche au fur et à mesure qu'elle se fait.
Fred Savard: Ouais, ouais, tout à fait. Vincent, vous portez un chandail, brisons le paradigme du document.
Vincent Chapdelaine: Oui, mais ça fait écho à ce qu'on disait tantôt sur le on est dans une société où on est quand même pris, puis des fois on le réalise pas dans un certain paradigme sur comment on on on produit et on diffuse et on encapsule la connaissance. Puis c'est un peu un
Fred Savard: C'est une boutade.
Vincent Chapdelaine: C'est une boutade parce qu'on est en coton ouaté parce que
Fred Savard: C'est vrai.
Vincent Chapdelaine: C'est c'est tellement devenu la norme qu'on qu'on le réalise pas mais quand on crée une connaissance, on va généralement créer un document PDF.
Fred Savard: C'est vrai, c'est vrai, c'est vrai. En fait ou on commence un ou autre chose puis on l'envoie en PDF.
Vincent Chapdelaine: C'est comme si la finalité c'était le document PDF qui va ensuite circuler dans des courriels, puis peut-être être mis dans le bas d'une page web que quelqu'un un jour va découvrir. Mais pour nous, il faut qu'on soit plus intentionnel dans comment on formate la connaissance, puis les les on a rien contre les les fichiers PDF, ça a sa place dans la société, mais souvent les PDF vont vont mourir dans un dossier Drive quelque part. Alors alors que la connaissance qui est inscrite dans ces documents-là peut peut parfois avoir une durée de vie plus longue. Ouais ouais. Et donc la l'approche que nous on essaie de de faire connaître, c'est de aussi atomiser la connaissance. Donc de d'extraire les éléments de connaissance qui sont utiles en soi pour les rendre disponibles et les mettre en relation avec un un univers de savoirs partagés.
Fred Savard: Euh, vous avez créé deux plateformes numériques, Passerelle et Praxis.
Parce que c'est ça, je suis sûr que les gens qui nous écoutent, ils disent OK, tout ça est bien beau, mais concrètement là, comment comment ça comment ça prend vie tout ça ?
Joël Nadeau: Ouais, ben concrètement, tu sais, dans les actions que par exemple de notre côté, on on pose, puis qui sont complémentaires avec ce que d'autres personnes font, c'est beaucoup de l'accompagnement, du soutien, euh des cohortes, euh tu sais de coacher des communautés de pratiques par exemple dans l'animation, la mobilisation, la mise en place des projets, travailler sur les écosystèmes et tout. Alors ça c'est un un volet important de ce qu'on fait, mais l'autre chose aussi, c'est d'avoir les bons outils, d'avoir les bonnes infrastructures pour le faire. Puis ben, euh des fois, la meilleure solution est pas nécessairement un groupe Facebook, tu sais, pour pour pour collaborer pour être dans un environnement éthique aussi, se reconnaître là, tu sais, puis puis pour avoir euh tu sais, un endroit de dépôt de connaissance où justement, on est capable après ça de bien repérer euh les informations. En fait que nous on travaille là-dessus depuis déjà longtemps, là, 2016, puis même plus longtemps que ça avant, il y a eu d'autres initiatives, mais ça a donné lieu là aujourd'hui à deux plateformes, on appelle ça les plateformes en commun.
Joël Nadeau: Passerelle qui est plus un espace de collaboration pour des communautés de pratique ou autre type de communauté, messagerie instantanée, groupe de discussion, et cetera. Euh et praxis qui est un espace pour déposer des connaissances, des savoirs ouverts, des sur des notes, sur des carnets de notes, c'est catégorisé, il y a des bases de connaissance maintenant qui sont en train de se créer autour de ça. Les deux plateformes se parlent, puis pour nous, c'est important, tu sais, de d'y aller dans une logique de ben open source, c'est un logiciel québécois qui est développé en logiciel libre, qui est soutenu par une communauté, c'est un commun numérique, tu sais, avec une gouvernance ouverte. C'est pas le projet que tu sais, c'est pas notre projet, c'est un projet de de de de du milieu. Il y a une troisième plateforme qui s'en vient aussi pour des annonces, des événements parce que c'est c'est des besoins qu'on a puis on on plusieurs ont ces besoins là puis je pense que c'est important qu'on qu'on vise une certaine peut-être souveraineté numérique au Québec aussi que qu'on soit capable d'avoir des infrastructures qui nous ressemblent, qui soient adaptées aux besoins qu'on a là.
Fred Savard: Ça fait partie d'un un gouvernement nationaliste pourrait avoir cet objectif là.
Joël Nadeau: On envoie le message, on est en recherche de financement toujours.
Fred Savard: La balado, comment la balado pourrait s'insérer ? Là on fait un cas de figure parce que je veux vraiment que les gens comprennent à la maison et moi aussi en même temps, comment la balado pourrait embrasser cette posture de savoir ouvert ?
Vincent Chapdelaine: Bonne question. Déjà, j'ai l'impression que la balado a cette posture là jusqu'à un certain point. Tu sais c'est la balado, moi je le vois comme un un espace de partage d'idées, de réflexion sur la place publique. Tu sais on est dans l'esprit de de l'accès au savoir, de la partage d'une perspective.
Fred Savard: Les gens m'écrivent, des fois ils m'orientent vers des lectures qui vont déboucher sur un épisode dans un mois, des fois c'est des des invités directement qui viennent des auditeurs et des auditrices. que ça aussi dans le fond, il y a un côté
Vincent Chapdelaine: Peut-être que il pourrait exister la la communauté de la balado sur Passerelle,
Fred Savard: J'en parle souvent de communauté, mais oui, mais c'est ça, donc elle pourrait exister quelque part autre qu'une page Facebook.
Vincent Chapdelaine: Exactement, dans une sur une plateforme éthique québécoise
Fred Savard: Je répète avec des algorithmes de merde.
Vincent Chapdelaine: en plus, ouais. Puis ce qui pourrait aussi exister, c'est une base de connaissance, à voir si ça amènerait trop de travail, mais ça pourrait être intéressant pour vos auditeurs d'avoir accès à toutes les archives puis mais aussi pas juste les fichiers MP3 là, mais aussi les notes de chaque épisode, les
Fred Savard: Ouais, les plans d'entrevue. Ouais, mais quand même OK, c'est quand même, c'est quand même intrusif.
Vincent Chapdelaine: C'est c'est sûr que de faire le pari du partage et de la de l'ouverture ça on perd une certaine partie du contrôle mais en même temps c'est vous qui décidez ce que vous voulez partager.
Fred Savard: Oui, c'est ça, bien sûr, bien sûr.
Joël Nadeau: Ben j'ai envie de dire aussi, c'est intéressant la balado parce que euh en fait, je pense qu'il faut être capable de reconnaître puis de valoriser plusieurs types de savoirs. On parlait tantôt des savoirs académiques puis des savoirs pratiques. Les savoirs pratiques, il y en a de toutes sortes, il y a toutes sortes de manières de le rendre aussi. Puis je pense qu'il faut rendre hommage notamment par exemple à la tradition orale, au récit, donc je pense qu'il faut être capable aussi de de de c'est ça de permettre ces différentes formes là.
Fred Savard: Merci messieurs, Vincent Chapdelaine, Joël Nadeau.
Joël Nadeau: Je pense que je pense qu'on a pas besoin de briser le paradigme de de la balado.
Fred Savard: Je suis sur le bon chemin. Merci.
[ 24s ] (musique)
[ 25m17s ] Speaker 7: Oui. Ça fera partie des savoirs ouverts. Ben oui.
[ 25s ] Speaker 6: Et de la praxis.
[ 25m21s ] Host: Je commence à comprendre un peu plus,
[ 25m24s ] Véronique Larose: Ah, c'est bon.
[ 25m24s ] Host: Qu'est-ce que je fais ici. Véronique Larose, Frédéric, bonjour.
[ 25m28s ] Véronique Larose: Bonjour.
[ 25m29s ] Frédérique Dubé: Salut.
[ 25m29s ] Host: On va on va rentrer un peu plus dans le concret. Véronique, tu as étudié en travail social ?
[ 25m32s ] Véronique Larose: Ouais.
[ 25m33s ] Host: En étude féministe. Et en étude féministe, ouais.
[ 25s ] Host: Vous avez travaillé dans le milieu communautaire et là, dans Projet collectif, vous vous êtes éditrice. C'est mon je suis éditrice de savoir ouvert, c'est mon rôle, ouais.
[ 25m43s ] Host: OK. Frédérique Dubé. Oui.
[ 25s ] Host: Parlez-nous de vous. Écoutez, moi, je suis une touche à tout, je suis éditrice, mais ça fait pas longtemps là. Je viens de sauter les deux pieds dans le bateau. Euh avant ça, j'étais plus du côté euh animation de communauté de pratique.
[ 25m59s ] Host: En fait, vous étiez destiné à être ici.
[ 26s ] Frédérique Dubé: Ben en fait, ça fait 20 ans là, avant que je sois chez Projet collectif, j'ai toujours fait euh de l'édition de savoir ouvert ou transfert de connaissance ou appelons ça comme on veut là mais j'ai toujours touché à ça.
[ 26m12s ] Host: Vous avez un vous vous avez fait un mémoire de maîtrise sur l'écriture collaborative poétique en réseau ?
[ 26m18s ] Frédérique Dubé: Oui, à l'époque on était des forums de discussion.
[ 26s ] Host: Ah ! Oui oui oui. Avec trois poètes québécois.
[ 26s ] Host: OK, OK. Ouais. Euh et vous avez travaillé, vous avez fait de la recherche universitaire en art hyper médiatique ?
[ 26m33s ] Frédérique Dubé: Oui, en fait, j'étais
[ 26s ] Host: J'apprends des choses aujourd'hui.
[ 26m35s ] Frédérique Dubé: Hyper médiatique, c'est un long mot, mais c'est juste pour dire de l'art interdisciplinaire qui intègre le numérique.
[ 26s ] Host: Ben là, c'est ça, vous êtes éditrice des savoirs ouverts. Bon, tantôt on a parlé avec Vincent et Joël, on va voir si je je vais valider ce que j'ai compris. Je vais vous la poser la question pour être sûr qu'on comprenne bien les savoirs ouverts. Hum. OK. Pour vous, comment comment vous le définissez ?
[ 27s ] Frédérique Dubé: Ben moi, en tout cas, je je je suis un peu rebelle comment je veux dire ça, tu sais, pour moi, un savoir ouvert, c'est un savoir rebelle. C'est un savoir qui circule, c'est un savoir vivant, qui est perfectible.
[ 27m12s ] Host: En fait, c'est un peu punk.
[ 27m13s ] Frédérique Dubé: C'est Oui, moi j'irai même à dire anti-capitaliste. OK. Euh, puis dans le fond, c'est dans l'idée de décloisonner les savoirs, on est vraiment là pour euh ouvrir, c'est partageable, c'est gratuit.
[ 27s ] Host: Est-ce que c'est un obstacle ? quand on parle plus de savoir ouvert, c'est que là on est peut-être surtout dans les types de licence. Tu sais. Donc là on sort, on va une une coche au dessus puis là on rentre dans des licence Creative Commons ou tu sais de libre de droit.
[ 27m45s ] Host: Est-ce que c'est quelque chose, c'est une sensibilité qui est très présente dans les dans le savoir ouvert cette idée d'un autre modèle économique ?
[ 27s ] Véronique Larose: Ben je pense quand même oui. Ouais.
[ 27m55s ] Frédérique Dubé: Ouais ouais.
[ 27m55s ] Véronique Larose: Ben c'est aussi une autre vision peut-être de la société des savoirs, tu sais. C'est c'est l'idée de partage, de mise en commun et cetera qui est derrière et non de marchandisation. Mais tu sais par contre, dans le milieu universitaire, c'est de plus en plus présent aussi, il y a des revues qui euh aujourd'hui doivent ben mettre les leur leur contenu en accès libre après un an par exemple. Donc tu sais, c'est pas nécessairement un mouvement qui est externe au milieu universitaire non plus. Ouais. C'est des des des mouvances qui se parlent, même dans le milieu universitaire médical, par exemple. Ouais.
[ 28m27s ] Frédérique Dubé: En fait, ça vient de là la mouvance des savoirs ouverts universitaires parce que on se rendait compte que en n'ayant pas accès au processus de recherche, ben, il y avait des erreurs qui étaient publiées finalement à l'issue des processus. Donc, il y a toute cette idée dans le milieu universitaire d'ouvrir les processus de rédaction puis de révision des articles et cetera. Donc, c'est pas nécessairement perméable à un milieu ou à un autre, cette question-là. Ouais. Mais je pense dans la posture où on l'aborde aujourd'hui, c'est vraiment l'idée de rendre des savoirs accessibles au plus grand nombre, d'éviter de recommencer aussi euh la roue, tu sais, des gens qui travaillent dans le même secteur mais à différents à différents milieux, ben de pouvoir repartir de ce que d'autres ont fait.
[ 29m6s ] Host: Quand on y pense, il y a une perte énergétique collective.
[ 29m9s ] Véronique Larose: Cette idée de de perte énergétique, je dis pas ça en termes de rentabilité, mais l'idée que deux personnes qui travaillent dans un même milieu peuvent créer le même outil sans savoir que l'autre travaille sur cet outil-là par exemple. Donc l'idée de le mettre en commun, ben c'est justement de pouvoir repartir de ce qui était fait ailleurs, d'assurer une certaine continuité. Mais moi, je vois le savoir ouvert vraiment comme une pratique sociale. Ouais. Tu sais, c'est l'idée de de volontairement diffuser ou préparer des savoirs pour qu'ils servent à d'autres personnes, pour qu'ils soient utiles pour la société. Donc pour moi, c'est une pratique, c'est c'est pas tant un objet qu'on peut toucher. Ah, un savoir ouvert, c'est telle chose, mais c'est plus quelque chose qu'on fait, on se dit "Ah moi, je veux le partager parce que je pense ça peut être utile à d'autres personnes." C'est une pratique qui est située aussi, on partage certaines choses, on en garde d'autres.
[ 29s ] Véronique Larose: Donc tu sais toute notre posture sociale, historique de ce qui est un bon savoir à partager et cetera vient avec ça. Tu sais par exemple, on peut partager des savoirs pour qu'ils soient utiles euh pour rendre des connaissances accessibles à différents publics donc tu sais démocratiser certaines connaissances mais on peut aussi vouloir favoriser la collaboration, améliorer des processus, dire on va le partager, ça va aider euh notre milieu, visibiliser des expériences, par exemple, témoigner de certaines expériences, les rendre visibles, ce qu'on voit souvent dans notre travail d'édition, c'est permettre la réutilisation d'outils, de données d'apprentissage, d'expérimentation. Donc mettre en commun des outils, des des choses qui servent quotidiennement à des gens, pouvoir les partager pour que d'autres puissent s'en servir.
[ 30s ] (musique)
[ 31s ] Host: Concrètement là, comme éditrice, en quoi consiste votre travail ?
[ 31m4s ] Véronique Larose: Moi, j'aimais ça tantôt Véronique quand tu disais accompagner euh mais tu sais moi, j'ai souvent l'impression que euh j'encourage les personnes à sortir leurs savoirs de leur tête puis quand les personnes sont prêtes à les faire sortir ces savoirs là, je les accompagne dans cette sortie là. Donc, je les aide à structurer leur pensée, leurs savoirs, à à faire à y faire de l'ordre, à trouver le ou les bons médiums euh pour euh exprimer ces savoirs-là, euh réfléchir avec la personne euh ces savoirs-là, ça s'adresse à qui ? Ça c'est super important.
[ 31s ] Frédérique Dubé: Euh donc c'est vraiment un rôle d'accompagnement là.
[ 31m46s ] Host: C'est sûr qu'au niveau de l'écriture ou de la rédaction, ben il y a toute il y a toute cette façon différente d'écrire qu'on veut publier ben éditer ou rédiger un savoir qui va être destiné à un public ouvert. Tu sais quand on pense à savoir ouvert souvent, on pense à diffusion ouverte. Euh mais quand on n'est pas éditrice de savoir ouvert pour rien dans le sens que c'est pas parce qu'un un savoir est mis en libre accès sur Internet qui est nécessairement utile, compréhensible pour tout le monde. Euh tu sais on développe beaucoup quand on est formé à l'université par exemple, beaucoup de gens qu'on accompagne qui soient dans les milieux communautaires ou autres, on a une formation universitaire. Bon on développe un certain habitus de rédaction. Ouais ouais ouais. Puis il y a toutes d'autres façons d'écrire euh qui font partie de notre travail d'accompagner les gens dans une écriture plus claire, comment écrire de façon accessible, comment vulgariser des concepts.
[ 32m35s ] Véronique Larose: Donc il y a tout ce travail-là pour rendre le contenu réellement ouvert. Puis pour moi, dans le travail d'accompagnement, il y a aussi la question de l'auto-réflexion sur nos pratiques, ben d'où vient notre façon d'écrire, tu sais euh comment quels savoirs on valorise par exemple, hein ? Qu'est-ce que j'ai mis en valeur moi dans ce que j'ai écrit ? Est-ce que euh j'utilise toujours les mêmes références ? Est-ce qu'il y a d'autres savoirs qui pourraient être pris en compte dans ce que j'ai écrit ? De voir quelle voix on peut amplifier dans dans un contenu par exemple.
[ 33m7s ] Host: Parce qu'il y a vraiment comme quelque chose qui est particulier, c'est nous on crée pas le contenu. Tu sais
[ 33s ] Host: Vous le possédez pas.
[ 33m15s ] Frédérique Dubé: C'est ça, on n'est pas des rédacteurs, des rédactrices. C'est ça exactement. tu sais c'est comme tout le temps l'art de de de d'aller euh tu me mettais empathie, puis j'aimais beaucoup ça parce que il faut vraiment être en connexion avec la personne qu'on accompagne pour s'adapter à son, tu sais à son schéma de pensée puis évoluer là-dedans.
[ 33s ] Frédérique Dubé: Je trouve que c'est beaucoup un une job aussi de de coach, mais tu sais de coach réciproque hein, parce que tu sais il y a pas de hiérarchie là-dedans là.
[ 33m47s ] Host: qui vous contacte ?
[ 33s ] Véronique Larose: En fait, il y a beaucoup de personnes d'organismes sans but lucratif, mais on accompagne aussi par exemple la ville de Montréal sur certains projets. Beaucoup des gens des milieux culturels, des organismes communautaires, euh en des gens en innovation sociale. Puis je te dirais que les raisons peuvent être assez variables, ça peut autant être, on a envie de faire connaître ce qu'on fait, on a développé des connaissances, puis on a envie qu'elles servent à d'autres.
[ 34s ] Frédérique Dubé: Tu sais moi, je dirais un tu sais aussi, il faut avoir en tête que il y a beaucoup de milieux maintenant parce que là on parle quand même d'organismes qui reçoivent des sous du public. Il y a beaucoup d'organismes subventionnaires que c'est maintenant dans les critères.
[ 34s ] Host: Oui, oui. l'exige. Oui. Mais c'est bien. Ben oui.
[ 34s ] Frédérique Dubé: Oui, c'est même essentiel. Donc tu sais ces gens-là prennent conscience de puis ça c'est quand même le fruit de plusieurs années euh de militantisme ou en tout cas de d'action
[ 34s ] Host: Est-ce que le modèle coopératif québécois qui a quand même des assises, ça fait longtemps là ?
[ 34m47s ] Véronique Larose: Ben, c'est des valeurs similaires, c'est certain, mais je sais pas si ça a un impact direct. Pour moi, c'est un mouvement. Ouais ouais, c'est un mouvement qui est même transnational, dans le sens que ça prend des racines un peu partout. Mais c'est sûr que ça ça ça se rejoint, tu sais, c'est de mettre nos efforts ensemble, de partager des outils, de partager euh le pouvoir aussi, à quelque part, tu sais, on parle de savoir mais c'est sûr qu'il y a cet enjeu-là aussi derrière, tu sais.
[ 35s ] Host: Comment il s'articule cet enjeu-là de pouvoir ?
[ 35m15s ] Véronique Larose: Ben pour moi si on articule la question de savoir ouvert et de pouvoir, on sait que dans la société, il y a certains il y a certains savoirs qui sont plus valorisés, plus considérés comme vrais, valides qui vont davantage circuler ou être pris en compte. Puis pour moi tout le mouvement des savoirs ouverts ou cette idée d'ouvrir ces savoirs, ben c'est pour rendre visible et donner de la voix aussi à d'autres formes de savoirs. Euh sans dire que certains savoirs valent plus que d'autres et tout ça mais c'est de permettre de les mettre en dialogue aussi, de faire entendre différents points de vue euh sur un même objet par exemple. Je pense que c'est complexe cette question de pouvoir là mais on peut on peut pas passer à côté du fait qu'il y a une certaine hiérarchie reliée aux savoirs, aux voix qu'on va valoriser et entendre.
[ 35m55s ] Host: Je pense que ça vient vraiment appuyer ce que tu disais tantôt Véronique, de décloisonner puis d'aller vers des savoirs qui sont rarement partagés.
[ 36s ] Host: Bon, en préparant pour enregistrer ce ce segment là avec vous, j'ai vu que oui, vous utilisez des bases de données mais vous utilisez aussi des bases de connaissances. Ah oui. Veux veux-tu commencer parce que toi il y a une base de connaissance qui qui est sorti là, ça va être plus crunchy.
[ 36m20s ] Véronique Larose: Oui. Euh ben par exemple, une base de connaissance, en fait, tu sais juste pour mettre la table aussi, ben c'est un espace dans le cadre de des bases de connaissances que nous on édite pour le moment. Tu sais, ça peut être une, ça peut être des savoirs qui sont rassemblés avec une intention autour d'une thématique, d'une organisation, euh d'un territoire par exemple. Donc, tu sais, ça peut être pensé à différentes échelles finalement.
[ 36s ] Véronique Larose: Euh, un exemple de base de connaissances, par exemple, il y a le programme à la ville de Montréal qui s'appelle Montréal en commun. Montréal a gagné, je pense c'est en 2018, euh le concours des villes intelligentes, a reçu un financement pour expérimenter des solutions en transition, en lien avec la thématique de la transition socio-écologique. Il y a eu une foule d'initiatives qui ont été mises en place par des organisations distinctes. Beaucoup d'acteurs, beaucoup d'actrices autour d'un même projet. Puis le travail d'édition qu'on a fait euh en partenariat avec d'autres organisations, ça a été de d'accompagner les personnes à rendre compte de leurs apprentissages autour des expérimentations qu'ils ont fait. Donc, on parle pas d'une reddition de comptes de ce qui a été fait, de calculé, mais vraiment plus de voir qu'est-ce qu'ils ont appris, puis qu'est-ce qui pourrait être utile à d'autres personnes qui voudraient mettre en place les mêmes initiatives. Les gens écrivaient eux-mêmes, mais on a édité les contenus euh de ces expérimentations-là.
[ 37m40s ] Véronique Larose: Le but étant que ce qui était expérimenté euh puisse euh être visible, puis euh que d'autres personnes qui voudraient expérimenter des choses similaires puissent s'inspirer de ce qui était fait, mais aussi des apprentissages qui ont qui en ont tiré. Donc ça c'est un exemple de base de connaissance euh.
[ 37s ] Host: Puis là, il y en a un autre aussi sur le projet Art IA. Oui. Il est il est difficile à prononcer. En fait, c'est art IA.
[ 38s ] Host: IA intelligence artificielle. C'est ça. Tu sais un un gros projet structurant pour le milieu culturel et artistique parce que dans dans le fond la posture c'est on s'est dit on n'a pas le choix de d'entrer de sauter dans le train.
[ 38m15s ] Host: Tout à fait.
[ 38m16s ] Frédérique Dubé: Donc il y a plusieurs acteurs actrices dans ce projet-là, je dirais proche d'une soixantaine de personnes qui se penche sur les enjeux, euh sur la création, comment on crée avec l'IA, les impacts de tout ça, sur les organismes culturels, ça c'est sûr que ça l'impacte et ben sur les communs, est-ce qu'on peut penser à des communs en intelligence artificielle pour le milieu culturel ? C'est vraiment intéressant parce que Vincent tantôt parlait d'une posture.
[ 38s ] Frédérique Dubé: Mais c'est c'est aussi tout le temps dans une une posture critique et et le plus possible aussi de de voir les bons côtés, les mauvais côtés, d'être neutre.
[ 38s ] (musique)
[ 39m18s ] Host: Vos conseils pour des organisations, des centres de recherche, des gens qui voudraient adopter cette posture ?
[ 39s ] Frédérique Dubé: Moi, je pense que c'est le premier conseil, ouverture d'esprit. intéressez-vous à à des choses qui qui sortent de de votre zone de confort. la collaboration et le partage de savoir, c'est plus payant collectivement que d'agir en solo et que de travailler en silo.
[ 39s ] Host: Ouais. Donc ça, euh un autre chose aussi que je dirais, c'est pour des organismes à but non lucratif, les institutions publiques, les gouvernements, les centres de recherche, il y a aucune raison d'adopter une posture protectionniste des savoirs. Euh ces savoirs là sont créés grâce à des fonds publics donc s'il vous plaît les rendre accessibles et ouverts. Puis là, mon conseil crée une note dans praxis partage-la à ton entourage, tu vas voir c'est gratifiant, c'est valorisant de partager son savoir. Puis on
[ 40m19s ] Host: Praxis, c'est la plateforme là ?
[ 40s ] Frédérique Dubé: C'est la plateforme où
[ 40m22s ] Host: Donc, tout le monde peut y aller là, je pourrais je pourrais y aller là ? Tu peux te créer un compte tout de suite si tu veux.
[ 40s ] Host: Je vais attendre de finir Je peux créer une note OK.
[ 40s ] Frédérique Dubé: Ouais.
[ 40m31s ] Véronique Larose: Ouais, moi euh j'en ai parlé un peu tantôt, mais euh pour toute personne qui s'intéresse à partager ses savoirs d'une façon plus large ou en accès libre, euh moi j'invite les gens à penser l'ouverture des savoirs de façon plus large que la diffusion. Ouais. Euh c'est l'idée de pour moi on rédige, on édite différemment des savoirs si on les souhaite ouverts. Donc c'est d'avoir en tête puis peut-être de s'informer, de de se former même sur toute la question de l'accessibilité des contenus, adopter des pratiques de rédaction qui permettent aux savoirs d'être accessibles. On parle de vulgarisation, mais quand on se met à à creuser aussi, il y a aussi toute la prise en compte des outils d'aide à la lecture par exemple, comment on va écrire, comment ça va être lu par des outils d'aide à la lecture, la vulgarisation, le niveau de langue et cetera.
[ 41m16s ] Véronique Larose: Mais je pense que c'est des c'est des pratiques euh qu'on doit qu'on doit expérimenter si on veut publier ces ces savoirs de façon ouverte. Puis j'aimerais finir moi par un enjeu de temps et de ressources.
[ 41s ] Host: Ouais.
[ 41m30s ] Véronique Larose: Euh, j'invite les gens à se réserver du temps, un petit temps euh pour la rédaction de savoir et cetera. C'est souvent euh dans un dans un contexte de précarité des ressources dans les milieux, c'est souvent euh ben la documentation, le partage des savoirs passe souvent en second plan. Euh puis c'est sûr que ben c'est un enjeu systémique et structurel, on veut plus de financement tout le monde. Ouais. pour les organismes communautaires.
[ 41s ] Host: Ouais.
[ 41m54s ] Véronique Larose: Mais euh je trouve que sur le long terme documenter permet de garder la mémoire d'une organisation, la mémoire de de ce qui est là, puis d'assurer une continuité. Donc il y a quand même cette idée aussi de se réserver, de se bloquer des moments aussi dans l'horaire pour écrire parce que sinon c'est clairement la dernière chose qui
[ 42m10s ] Host: Puis j'imagine, vu que c'est une posture de commencer à réfléchir à transmettre son savoir, ça influence après ça sa pratique.
[ 42s ] Véronique Larose: Ben oui. Plus qu'on va la partager.
[ 42m24s ] Host: C'est ça, c'est ça.
[ 42m24s ] Véronique Larose: C'est sûr. Oui, puis ça influence aussi ben plus on écrit sur sa pratique, plus on a le réflexe d'écrire sur sa pratique, c'est sûr.
[ 42s ] Frédérique Dubé: il faut qu'on dise que le 5 décembre à midi, c'est le webinar euh pour euh le lancement hein ?
[ 42s ] Véronique Larose: Oui.
[ 42m45s ] Frédérique Dubé: base de connaissance, le service d'édition des bases de connaissance.
[ 42s ] Host: Donc tout le monde peut y participer ? Oui.
[ 42m51s ] Frédérique Dubé: Tout simplement d'aller sur le site web projet collectif.ca et vous allez trouver les informations pour vous inscrire au webinar.
[ 43m0s ] Host: merci Véronique Larose, Frédéric Dubé, merci.
[ 43s ] Véronique Larose: Merci.
[ 43s ] (musique)