Une maîtrise renouvelée pour la nouvelle économie de l’information

Article publié dans Forum, le journal de l’Université de Montréal, le 9 février 2009.

La crise économique et la révolution numérique représenteraient non pas une menace, mais bien une formidable occasion pour les professions documentaires. C'est ce que croit Jean-Michel Salaün, directeur de l'École de bibliothéconomie et des sciences de l'information (EBSI), particulièrement heureux de la maitrise révisée qui sera offerte dès l'automne. «Nous sommes en train de changer d'époque de façon radicale, et, pour le dire avec une phrase un peu choc, c'est comme si le diplôme roi, qui était jusqu'à présent le MBA, était en train de devenir la MSI.»

La MSI, c'est la maitrise en sciences de l'information, qui peut conduire aux professions de bibliothécaire et d'archiviste, mais également à une panoplie de nouveaux métiers: architecte de l'information, administrateur de bases de données, édimestre, analyste stratégique, etc. En Amérique du Nord, l'EBSI est la seule école francophone à décerner ce diplôme agréé par l'American Library Association.

Pour Jean-Michel Salaün, la récente crise économique révèle à quel point les professionnels de l'information ont une mission sociale de taille. «Jusqu'à présent, ce qui dirigeait le monde, c'était la partie financière de l'économie, indique-t-il. On voit aujourd'hui qu'on est dans une impasse de ce côté-là. Est-ce que demain, ce qu'il nous faudra, ce ne sera pas justement une organisation différente de l'information, la mise en relation des connaissances, l'innovation en général?» C'est avec cette philosophie, calquée sur celle des informa tion schools américaines, que l'EBSI a procédé à la révision complète de son programme phare.

La maitrise révisée permettra aux étudiants de suivre avec une flexibilité accrue les cours répondant le mieux à leurs aspirations professionnelles. Ceux qui désireront acquérir un profil de gestionnaire pourront s'inscrire à de nouveaux cours en gestion des ressources humaines et en gestion de projet en milieu documentaire. Les futurs spécialistes de l'information numérique auront quant à eux accès à des cours en architecture de l'information, gestion des systèmes d'information en réseau et gestion des technologies. Ceux qui choisiront les voies de la bibliothéconomie ou de l'archivistique pourront inclure ces cours dans leur formation, ce que la version précédente de la maitrise rendait difficile.

Le professeur Éric Leroux, chargé de cette refonte, signale que la maitrise «améliorée» devait également s'adapter à une transformation du profil des étudiants inscrits. «On se rend compte que les étudiants viennent d'univers de plus en plus différents, dit-il. Certains possèdent déjà un bagage dans le domaine, ce qu'on voyait beaucoup moins avant.» Le seul préalable pour accéder à la maitrise, c'est d'être titulaire d'un baccalauréat. L'EBSI accueille majoritairement des étudiants issus de disciplines telles que l'histoire, l'histoire de l'art et les études littéraires. Mais de plus en plus, la maitrise attire des étudiants en sciences et en informatique, ou encore ayant une formation ou de l'expérience dans les milieux documentaires.

Les cohortes, actuellement établies à 80 étudiants, pourraient passer à 120. «L'objectif était vraiment de satisfaire la demande, souligne Jean-Michel Salaün. Nous formons les gens qui construisent la mémoire et l'identité d'une société. Pour le Québec, qui est une ile francophone dans un océan anglophone, ce n'est vraiment pas quelque chose d'anodin.»

La dernière révision du programme remonte à 10 ans. Depuis, le petit monde des sciences de l'information a connu un essor et des transformations considérables. L'arrivée du Web, et plus particulièrement l'explosion de l'information numérique, a créé un vif besoin de compétences en recherche documentaire et en organisation de l'information numérique. On a également observé un rapprochement entre les professions d'archiviste et de bibliothécaire, concrétisé au Québec et au Canada par la fusion des archives et bibliothèques nationales.

Précédent
Précédent

La bataille de l'imprimé à l'ère du papier électronique

Suivant
Suivant

Le génie poétique