En faisons-nous assez pour renforcer notre société civile?

Considérant notre avenir collectif incertain, la montée importante des idées d’extrême-droite et la propension des régimes antidémocratiques à affaiblir la société civile, une question s’impose: en faisons-nous assez pour renforcer la nôtre?

Si on se compare au reste du monde, on peut être fiers de notre société civile québécoise. Elle est structurée et sophistiquée, avec une riche et longue histoire. On n’a qu’à penser au mouvement coopératif, aux mouvements sociaux, aux mouvements de l’action communautaire autonome, au mouvement syndical, au milieu culturel et à l’économie sociale.

Nous pourrions inclure dans cette discussion certaines entités qui dépendent de l’État, comme les bibliothèques publiques, CPE, écoles, cégeps et universités. Même si ces institutions ne font pas formellement partie de la société civile, elles sont ancrées sur le terrain et peuvent être menacées par des régimes antidémocratiques.

Au Québec, les acteurs terrain sont déjà pour la plupart organisés au sein de collectifs, tables, regroupements, réseaux et fédérations. Ce n’est pas comme ça partout dans le monde. Ne le prenons pas pour acquis.

De la Table québécoise sur la saine alimentation au Réseau estrien en développement social, des milliers d'acteurs collectifs permettent de soutenir les organismes terrain, de développer des liens de solidarité et de collaboration, d’assurer la liaison entre les différentes échelles d’intervention, d’aligner les priorités et de voir à la circulation des informations et des connaissances stratégiques. C’est un système imparfait, mais impressionnant et porté par des organisations collectives.

Or, bien que la société civile québécoise dispose de nombreux acquis et se compare positivement au reste du monde, on observe sur le terrain des acteurs fragilisés dû à un contexte constant de sous-financement combiné à une hausse des besoins. Les équipes sont épuisées, souvent en mode survie.

Une autre problématique à adresser est celle de l’action collective. Notre société civile est principalement organisée dans des instances de représentation et de concertation qui n’ont pas toujours les réflexes ni les méthodes pour agir collectivement — c’est-à-dire de poser de gestes concrets et de créer des solutions communes dans une réelle perspective collective, à l’échelle d’un réseau, de la société civile ou de la société québécoise dans son ensemble.

Une société civile encore plus forte, solidaire et encapacitée peut servir de socle pour un vivre-ensemble harmonieux et de rempart devant un futur incertain.

Bien sûr, la grande question est «comment progresser dans cette direction»? Je crois que le premier défi est d’éveiller notre intérêt envers la société civile en tant que pan de la société, au même titre que le secteur public ou le milieu des affaires. Exerçons-nous à réfléchir à cette échelle, au-delà de nos secteurs, territoires et échelles d’intervention. Parlons dans nos milieux et sur la place publique de la société civile que nous désirons. Retrouvons-nous autour d’une volonté commune de forger une société civile plus forte, plus solidaire et plus habilitée à agir collectivement. Intéressons-nous aux réponses qui existent déjà sur le terrain.

Projet collectif fait partie des organisations qui réfléchissent et agissent autour de ces questions, avec d’autres, dont notamment Multitudes, dans lequel je m’implique également. Nous continuerons à explorer ces vastes questions dans l’expérimentation et l’action et j’invite toutes les personnes et toutes les organisations que cela interpelle et qui en ont la capacité à s’y intéresser également.

Image: Wikimedia Commons

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